Mieux Vivre
Mieux Vivre

PAlmares concours de nouvelles 

2019- 2020

 

ELEMENTAIRE CYCLE 3

 

Prix du salon : "Trois fois dix ans" (Raphaël Estansan / Ecole Bachelet Rouen)

Prix coup de coeur : "Dix heures où tout a basculé" (Etienne Elouard, Adam Douillet / Ecole Bachelet Rouen) 

Prix spécial : "Ma nouvelle vie" (Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec /Ecole Charpak Le Thuit de l’Oison)

 

COLLÈGE

 

Prix du salon : "Plus que dix pour survivre" (Orlane Sidoine / Louviers)

 

LYCÉE

 

Prix du salon : "Une pensée d’espoir" (Lucie Pino-Fara / Le Thuit de l'Oison)

 

ADULTE

 

Prix du salon : "10, Downing Street" (Gérard Texier / Lyons la Forêt)

Prix coup de coeur : "Binaire" (Adeline Lambert / Saint aubin les Elbeuf)

 

 

PROFESSIONNEL

 

Prix du salon : "Les ricochets" (Pierre Leseigneur / La Vacherie)

Prix coup de coeur : "Georges est vexé" (Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion)

 

ELEMENTAIRE CYCLE 3

 

Prix du salon : "Trois fois dix ans" (Raphaël Estansan / Ecole Bachelet Rouen)

Prix coup de coeur : "Dix heures où tout a basculé" (Etienne Elouard, Adam Douillet / Ecole Bachelet Rouen) 

Prix spécial : "Ma nouvelle vie" (Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec /Ecole Charpak Le Thuit de l’Oison)

 

COLLÈGE

 

Prix du salon : "Plus que dix pour survivre" (Orlane Sidoine / Louviers)

 

LYCÉE

 

Prix du salon : "Une pensée d’espoir" (Lucie Pino-Fara / Le Thuit de l'Oison)

 

ADULTE

 

Prix du salon : "10, Downing Street" (Gérard Texier / Lyons la Forêt)

Prix coup de coeur : "Binaire" (Adeline Lambert / Saint aubin les Elbeuf)

 

 

PROFESSIONNEL

 

Prix du salon : "Les ricochets" (Pierre Leseigneur / La Vacherie)

Prix coup de coeur : "Georges est vexé" (Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion)

Recueil

 

Nouvelles
 primées 2020

EDITO

 

Pour la 7ème année consécutive, le Salon du Livre de La Saussaye a lancé son concours d'écriture de nouvelles en septembre 2019.

Le sujet « 1 0 »  a inspiré de nombreux auteurs, débutants ou confirmés: 56 textes reçus, toutes catégories confondues, émanant du Roumois-Seine, du département, de la Normandie ainsi que du reste de la France.

Laurette Mas-Camille, romancière, essayiste, nous a fait l'honneur d'en présider le jury.

Comme chaque année, un recueil des nouvelles primées est édité par le Salon du Livre de La Saussaye.

Un immense merci à tous les participants aux concours de nouvelles et de poésies (près de 300 personnes), nombre toujours croissant qui nous conforte et nous encourage dans notre action de promotion du livre et de l'écriture !

Bonne lecture !

Eric Bobée
Président de l’association Mieux Vivre

 

ELEMENTAIRE CYCLE 3

 

Prix du salon : "Trois fois dix ans" (Raphaël Estansan / Ecole Bachelet Rouen)

Prix coup de coeur : "Dix heures où tout a basculé" (Etienne Elouard, Adam Douillet / Ecole Bachelet Rouen) 

Prix spécial : "Ma nouvelle vie" (Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec /Ecole Charpak Le Thuit de l’Oison)

 

COLLÈGE

 

Prix du salon : "Plus que dix pour survivre" (Orlane Sidoine / Louviers)

 

LYCÉE

 

Prix du salon : "Une pensée d’espoir" (Lucie Pino-Fara / Le Thuit de l'Oison)

 

ADULTE

 

Prix du salon : "10, Downing Street" (Gérard Texier / Lyons la Forêt)

Prix coup de coeur : "Binaire" (Adeline Lambert / Saint aubin les Elbeuf)

 

 

PROFESSIONNEL

 

Prix du salon : "Les ricochets" (Pierre Leseigneur / La Vacherie)

Prix coup de coeur : "Georges est vexé" (Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion)

PREFACE

 

Edito de la présidente du jury

Concours de chant, concours hippique, concours littéraire. Le mot implique radicalement le travail, l’effort, la sueur, le découragement et le recommencement. On a parfois tendance à oublier la notion de plaisir qui devrait figurer en tête de toutes ces sensations qui vous envahissent lorsqu(on décide de participer à un concours de nouvelles. L’écriture est difficile, exigeante, précieuse et minutieuse certes, mais elle est sans conteste le reflet scriptural de notre imagination et les mots, accouchés sur le papier, sont le prolongement de notre âme.

Comment juger alors, de toutes ces copies, celle qui sera primée ? Quel est le pouvoir du jury, lorsqu’il décide d’attribuer les meilleures places à certaines d’entre elles ?

Tous les participants ont pensé au moins une fois que teur texte serait forcément le meilleur.

Ils ont tous raison : leur texte est le meilleur d’eux-même. C’est pour cette seule raison que, nonobstant les notes, les récompenses, les prix, je vous souhaite de glisser dans l’imaginaire de l’autre, avec ce plaisir du partage de mots qui font de notre langue, la plus belle de toutes !

Laurette Camille-Mas

SOMMAIRE

 

ELEMENTAIRE CYCLE 3

 

Trois fois dix ans (Raphaël Estansan / Ecole Bachelet Rouen)

Dix heures où tout a basculé (Etienne Elouard, Adam Douillet / Ecole Bachelet Rouen)

Ma nouvelle vie (Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec /Ecole Charpak Le Thuit de l’Oison)

COLLÈGE

 

Plus que dix pour survivre (Orlane Sidoine / Louviers)

 

LYCÉE

 

Une pensée d’espoir (Lucie Pino-Fara / Le Thuit de l'Oison)

 

ADULTE

 

Binaire (Adeline Lambert / Saint aubin les Elbeuf)

10, Downing Street (Gérard Texier / Lyons la Forêt)

 

PROFESSIONNEL

 

Les ricochets (Pierre Leseigneur / La Vacherie)

Georges est vexé (Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion)

 

Trois fois dix ans en arrière

Raphaël Estansan  / Rouen (76)

Prix du Salon, catégorie Elémentaire cycle 3


 

Je m’appelle Stan, je suis un garçon de 10 ans, né en 2000 et j’habite avec mes parents dans une maison d’un petit village de la campagne normande.

J’adore m’occuper de nos animaux. Nous avons deux chèvres, un chien qui s’appelle Toupie et un chat, Titi qui passe son temps près de la cheminée. J’aime aussi beaucoup la lecture, surtout les histoires de science-fiction et les promenades en forêt.

 

Mon père est un inventeur et, en ce moment, il tente de fabriquer une machine à voyager dans le temps. C’est très compliqué et il y a longtemps qu’il travaille sur cette machine. J’adore l’aider quand j’ai du temps libre car il m’apprend plein de choses : visser, percer, boulonner...

 

Cette machine est faite à l’aide d’une cabine téléphonique, de deux antennes de télévision, d’une ampoule, de 4 poteaux métalliques, de 26 tampons alphabétiques, d’un grand fil électrique, d’une batterie de voiture, de 10 capsules de bière de différentes couleurs et d’autres objets dont mon père a le secret.

 

La cabine téléphonique est le principal objet. Il faudra entrer dedans pour voyager dans le temps. Les deux antennes sont fixées sur le toit de la cabine, l’ampoule est entre les deux antennes. Une boite métallique est posée à l’intérieur de la cabine, dessus sont disposés les 26 tampons alphabétiques et les capsules de bière collées par cinq de chaque côté de la boite. Le fil électrique est relié aux deux extrémités, haute et basse, de la cabine et branché à la batterie.

 

Un soir, en rentrant de l’école, mon père m’appelle depuis son garage : « Stan, viens me voir ! »

Je cours jusqu’au garage et là mon père me dit : « Regarde, j’ai fini ma machine à voyager dans le temps! Tu peux la regarder mais n’y touche surtout pas ! Elle pourrait s’enclencher d’un instant à l’autre ! 

  • Wahou ! Qu’elle est belle !
  • Je vais te montrer comment elle fonctionne. »

 

Mon père fait les actions tout en me les racontant : « Il faut d’abord mettre la batterie en marche, ensuite, dès que les boutons alphabétiques s’allument, tu écris l’endroit où tu veux aller. Par exemple, notre adresse. Tu appuies alors sur les capsules de bière sur lesquelles j’ai inscrit les chiffres de 0 à 9 pour choisir l’année qui t’intéresse. Par exemple, 1980, l’année de mes 10 ans. Comme toi.

  • Papa, est-ce-que je peux entrer dans la cabine ? 
  • Oui, mais fais attention !
  • Et pour remonter dans le temps, comment fait-on ? 
  • Il suffit de toucher le plafond de la cabine pour faire illuminer l’ampoule située sur le toit. Et non ! N’y touche pas ! »

 

Alors que j’écoute mon père, je lève le bras pour lui poser une question, comme à l’école. Et malheur ! Je touche le plafond de la cabine avec ma main et le voyage dans le temps débute immédiatement.

Je suis secoué dans tous les sens, j’ai mal à la tête, je vois des espèces de balles de couleur qui sautent dans la cabine. Et tout d’un coup, la cabine s’arrête. Je pense être bloqué dans le temps mais non, je suis arrivé quelque part. J’écoute pour savoir s’il y a quelqu’un. Je n’entends rien. Je sors de la cabine. Et là, je me retrouve dans un petit garage rempli de vieilleries. Un chat se lave tranquillement sur une des étagères. Il me regarde droit dans les yeux, puis s’enfuit. Je regarde tout autour de moi, ébahi. Et je me dis : « Tiens, ce garage ressemble étrangement à celui de mon père. Peut-être que la machine n’a pas fonctionné ? » Mais, c’est bizarre car je ne vois pas mon père ni son matériel de travail.

Je sors du garage et je vois une maison qui ressemble étrangement à la nôtre mais avec une vieille voiture garée devant. Et là, je me rappelle que j’ai touché le plafond de la machine, qu’elle a fonctionné et que je suis arrivé en 1980 devant ma propre maison ! Tout d’un coup, un petit garçon sort et vient vers moi. Il me demande qui je suis, d’où je viens et pourquoi je suis dans son jardin. Je lui réponds que je m’appelle Stan. Je lui demande alors « Es-tu Luc ? ». Le garçon répond, étonné : « Oui, comment le sais-tu ? » Et là, je lui explique que je viens de l’année 2010, et que je viens de faire un voyage dans le temps, car mon père (je ne lui dis pas que c’est lui pour ne pas qu’il s’évanouisse) a inventé une machine à voyager dans le temps. Je lui dis que je suis arrivé dans son garage car c’est la maison dans laquelle j’habite maintenant.

Il est super enthousiaste car il rêve déjà d’être inventeur. Il me demande d’aller voir cette machine. Nous allons tous les deux dans le garage. Mais je ne lui dis pas comment elle marche pour ne pas qu’il voyage et me laisse bloqué en 1980.

Ces émotions m’ont bien fatigué et, comme je suis curieux de voir à quoi ressemble la vie de mon père, enfant, je lui demande si on peut rentrer chez lui.

Il m’amène dans son salon. La décoration est un peu vieillotte. Je vois en plein milieu du salon une grosse télé comme je n’en avais jamais vue. Mon père veut me montrer son dernier cadeau : une console Game & Watch. Je lui dis : « Effectivement ce n’est pas comme les Nintendo que nous avons en 2010. » L’écran est en noir et blanc, il n’y a qu’un seul jeu sur la console. Je n’ose pas lui dire combien j’ai de jeux vidéo sur ma console chez moi.

Il me demande à quoi je joue. Je lui dis que déjà, il y a des consoles avec beaucoup plus de jeux que la Game & Watch, qu’il y a des téléphones portables sur lesquels il y a Internet. Et là, il me demande ce que c’est qu’Internet. J’essaie de lui expliquer : « Internet, c’est un réseau qui permet de communiquer, de s’informer, de regarder des vidéos. C’est super !  Je passe alors beaucoup de temps à lui expliquer ce qu’il trouvera dans l’avenir : les MP3, les  lecteurs de CD, des ordinateurs à la maison,  les IPAD, etc… Mais je le rassure  qu’il y aura toujours des livres.

Mais je me rends compte que je joue pratiquement aux mêmes jeux que mon père jouait à ses 10 ans. Il avait déjà des Playmobil, des Lego. Il lisait les mêmes BD que moi : Tintin, Lucky Luke, Astérix, Blake et Mortimer... Mon père était un enfant comme tous les enfants de mon époque. Et je deviens un peu triste de ne plus revoir mon père adulte. Je lui demande : « J’aimerais bien que tu m’accompagnes jusqu’à la machine, s’il te plaît.

- D’accord. »

Nous sortons dans le jardin et nous allons à la machine qui est restée cachée dans le garage. Puis je lui explique comment elle marche. Après lui avoir expliqué, je monte dans la machine et je lui dis : «  Au revoir, pap... euh Luc. » Je mets la date : le 6 novembre 2010. Je vérifie bien l’adresse pour m’assurer que je ne me trompe pas. Puis je donne un grand coup sur le toit de la cabine. Et je m’endors.

A mon réveil, la cabine était là posée, en plein milieu du garage. Ce n’était plus des vieilleries mais un beau garage avec mon père planté devant la cabine. Mon père a l’air très fâché mais heureux de me revoir. Il se rue sur moi et me dit « Stan, tu aurais pu rester dans le passé ! » Puis, après m’avoir embrassé, je lui dis « Papa, je t’ai vu dans le passé. C’était quand même un peu vieillot là-bas. » Mon père a éclaté de rire : « Oui je sais, c’est ça qui était marrant chez nous. 20 ans avant ta naissance, quand j’avais 10 ans. »

 

 

Dix heures où tout a basculé !

Etienne Elouard, Adam Douillet /  Rouen (76)

Coup de cœur, catégorie Elémentaire cycle 3


 

Ce matin, Sébastien se lève.

Il fait un soleil radieux. Il descend les escaliers après avoir avalé son petit déjeuner et demande à son frère Oscar :

- Déjà debout ? Qu’allons-nous faire aujourd’hui ?

- Vous allez vous rendre à la boulangerie avec  un franc que je vous donne pour acheter une baguette, leur dit Florence leur mère. Faites bien attention aux Boches!

 

Les deux frères sortirent de leur maison et se dirigèrent vers la merveilleuse boulangerie.

Dring !!

- Bonjour les petits Dupuis ! avança Stéphane Delabrioche.

- Nous voudrions deux baguettes bien cuites s’il vous plaît, demanda Oscar.

- Un franc, les garçons !

Oscar sortit de sa poche l’argent nécessaire.

Tous deux remercièrent le boulanger et s’éloignèrent de la boulangerie.

Mais, là, une patrouille d’Allemands au coin de la rue arrêta les garçons et les interrogea sur l'absence de leur étoile.

- Montez ! Nous vous conduisons au camp, dépêchez-vous ! dit le plus gradé de la patrouille.

Le camion s’éloigna en direction de la gare où attendaient d’autres enfants.

Tous se sont retrouvés enfermés dans un wagon qui ne prit aucune délicatesse pour s’éloigner.

 

A 14H, Le village était en effervescence. Tous les parents recherchaient leurs enfants. Les cris et les pleurs étaient nombreux.

Quant aux garçons, les idées ne manquaient pas pour s’enfuir.

Sébastien suggérait l’évasion.

Trop dangereux, disait Oscar, on risque notre peau !

Sébastien regardait autour de lui et vit la famille Dubois. Mais l’Oscar l’empêcha à nouveau de bouger.

- Je vais te filer un aller simple si tu bouges encore.

 

Une heure s’était écoulée. Les garçons se sont retrouvés dans des cases où ils devaient passer la nuit.

Dès que les Allemands les laissèrent seuls à nouveau, Oscar engagea la conversation et annonça qu’il voulait s’évader le soir même.

- Je veux sortir de ce trou à rat !

- Je suis d’accord, dit Sébastien, mais nous devons savoir où nous allons.

- D’accord observons les lieux, les zones à risques.

Deux heures plus tard, les garçons avaient compris que le passage au nord-ouest était leur dernière chance. Il fallait rejoindre la côte de l’orge.

- Là, un train pourra nous conduire jusqu’au port. Ainsi, nous pourrons rejoindre l’Angleterre auprès du Général de Gaulle.

Oscar était motivé et Sébastien le suivait.

 

21H45 : Oscar murmura : Il faut y aller.

Tous deux commencèrent à se faufiler pour s’évader. Ils s’éloignaient tout doucement du camp. Ils arrivaient à ne pas se faire repérer.

Ils accéléraient leur pas pour échapper à la mort.

 

 

24H : Des coups de fusils retentirent et les deux garçons, en perte de vitesse, finirent par être touchés.

Oscar était blessé et Sébastien totalement épuisé.

Quatre allemands les avaient eus.

 

Il était bien difficile de sortir d’un camp de concentration. Leur combat avait duré 10H, les dix dernières heures infernales pour sauver leur vie.

Ma nouvelle vie

Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec / Le Thuit de l’Oison (27)

Prix spécial, catégorie élémentaire cycle 3

 

 

Vendredi 31 août

Je m’appelle Amélie : je suis dysphasique, dyslexique et dysorthographique. J’ai déménagé à

Thuit-Signol en Normandie pendant les vacances et dans trois jours, c’est la rentrée des classes. J’ai peur que les enfants de ma classe se moquent de moi à cause de mes différents handicaps comme ne pas être à l’aise pour m’exprimer devant les autres, ne pas savoir bien lire un texte à voix haute ou faire plein d’erreurs d’orthographe dans mes dictées.

 

Lundi 3 septembre

C’est le jour-J ! J’angoisse énormément. D’ailleurs, cette nuit, j’ai mal dormi ! Aujourd’hui, certains élèves ont ricané à mon sujet sans même venir me parler ! Je ne me suis pas faite d’amies. Demain, une personne m’aidera en classe ; elle se prénomme Lydia. Bonne nuit !

 

Mardi 4 septembre

Aujourd’hui, on va faire de la lecture : tout ce que je DÉTESTE ! J’ai si peur que, par moment, j’ai l’impression que ma page devient floue et que les mots « bougent » ! Finalement, tout s’est bien passé. Je suis très contente ! J’ai fait la connaissance d’Émilie : elle est dans ma classe et je la trouve très agréable et gentille avec moi. Nous allons sûrement devenir de très bonnes amies. Je sais aussi que grâce à son aide dans la classe, je vais pouvoir m’améliorer. Je vous laisse car j’ai une séance chez l’orthophoniste.

 

Vendredi 7 septembre

Depuis hier, on recommence à se moquer de moi. J’ai néanmoins une nouvelle amie depuis qui se prénomme Aloïs. Pour lundi, je dois apprendre une autodictée par cœur. La maitresse me l’a réduite pour ne pas me décourager.

 

Lundi 10 septembre

J’ai réussi à faire mon autodictée. J’ai eu quatre erreurs sur dix mots. Une personne est venue me voir et m’a dit pardon. J’ai beaucoup apprécié.

 

Un mois plus tard

Coucou, aujourd’hui, plus personne ne se moque de moi ; au contraire, ils m’aident et beaucoup de personnes sont devenues amies avec moi. Je me suis améliorée et maintenant, je fais l’autodictée entière. J’arrive mieux à parler et à orthographier les mots.

 

Vendredi 10 octobre

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire : tout le monde le sait mais ne va pas forcément me le souhaiter. Je suis la plus contente du monde! Tout le monde m’a souhaité joyeux anniversaire ! Et mes amies m’ont offert des cadeaux. Aussi, la maîtresse m’a dispensée de dictée : c’était son cadeau. Tous les élèves de ma classe m’ont offert un album photos.

 

Lundi 13 octobre

Aujourd’hui, on a une évaluation de lecture. J’ai eu A à mon évaluation. Lydia m’a félicitée.

 

Lundi 1er décembre

Je suis en train d’ouvrir la première case de mon calendrier de l’avent. Dans la classe, on en a un gros. Normalement, Camille devait être le premier mais il m’a dit qu’il me donnait la priorité. Je pense qu’il est amoureux de moi mais je l’ai quand même remercié. 

 

 

Plus que dix heures pour survivre

Orlane Sidoine / Louviers (27)

Prix du salon, catégorie collège

 

 

 

Vivre le jour ou la nuit ? Appartenir aux ténèbres ou  à la lumière ? Être une enfant sage et innocente ou bien tout l'inverse ? Telles sont les questions que l'on se pose quand on est dans sa situation…

 

Bonjour, je me présente, je m'appelle Séréna, j'ai 14 ans et  j'ai une vie très particulière. Je ne suis pas une adolescente comme les autres, en effet j'ai une famille extraordinaire ; ma maman vient d'une famille composée de sirènes et Triton mon papa vient d’une famille de vampire lorsqu'ils se sont rencontrés et ne connaissaient pas leur origine ; ce n'est que 10 mois plus tard qu'ils se sont avoués leur nature ; il était amoureux et voilà que… Ma maman est tombée enceinte… mes parents s'inquiétaient de ce que j'allais être… Eh bien, je suis une sirène. J'ai toujours été la petite fille dont tout le monde rêve : j'étais sage, jamais de bêtises…

 

Lorsque j'eus 10 ans, il se passa  quelque chose de grave dans ma vie…

C'était un vendredi soir, il était 18h, je rentrais chez moi et en traversant la rue, je me suis fait renverser par un bus qui ne m'avait  pas vue… Je fus transportée à l'hôpital, mon état était très critique, j'étais sur le point de mourir…

Mes parents étaient désespérés mais mon père  eut une idée : il pensait que la seule façon de me sauver serait de me transformer. Ma mère était terrifiée rien que d'y penser mais il l'a convaincue… Suite à cela, je repris des forces très rapidement, mes blessures étaient guéries, seules les traces de crocs étaient restées ancrées dans ma peau…

 

Depuis ce jour, je suis une sorte d'hybride, mi-sirène, mi-vampire ; je peux toujours nager dans l'eau des heures, voir mon reflet dans le miroir, manger du chocolat… ce qu'un vampire ne pourrait pas faire… Les seules différences avec mon nouvel aspect : je suis immortelle, l'ail me dégoûte,  je  peux me téléporter et voler… Sympa me direz-vous !

 

Quatre années ont passé, avec leurs aléas puis apparut un matin devant moi un animal : un canard. Il était semblable à ses congénères exception faite, il parlait. Que ne fut ma surprise lorsqu'il se présenta à moi :

-Coin, coin, je suis Ducky et je suis là pour te dire que, si ce soir avant 18h,  tu ne te nourris pas de sang frais, c'en est fini pour toi !

-Comment ? Qu'est-ce que tu racontes ? Je mange du chocolat depuis…

Il s'interrompit :

-Coin, coin, ne prends pas  à la légère ce que je te dis, petite insolente ! Sais-tu au moins, ''coin coin'', ce qu'il va t'arriver si tu ne m'écoutes pas ?

-Et bien, je t'écoute mais dépêche-toi, je n'ai pas de temps à perdre…

-Arrête de prendre tout à la légère ! Bon, ce que je voulais t'annoncer c'est qu'il ne te reste que dix heures à vivre ! Allez, salut, dit-il avant de disparaître comme par magie.

 

Je ne le croyais pas, je continuais mes préparatifs car je m'étais inscrite à un concours de chant et il avait lieu l'après-midi…

 

Il était 14 heures, je me trouvais dans la salle d'attente en train de m'échauffer la voix quand soudain… j'entends derrière moi :

-Coin, coin, me revoilà, c'est Ducky ton ami, prononça-t-il d'une voix grinçante.

-Ah ! Tu m'as fait sursauter ! Que veux-tu encore ?

-Je viens t'informer qu'il ne te reste plus que quatre heures et…?

-Je suis immortelle ! Que veux-tu que cela me fasse ? lui répondis-je.

-Oui, mais si tu ne t'abreuves pas de sang, c'en est fini ! Tu dois choisir ta première victime ! dit le canard Ducky.

-Et bien, ce ne sera personne ! Tu dis n'importe quoi… et puis…mes parents ne m'ont rien dit, donc… tu n'es qu'un imbécile !

-Oh tu n'as pas besoin de m'insulter, ''coin coin'', regarde, tes cheveux commencent à blanchir, c'est un des premiers signes. Tu aurais dû mourir il y a 4 ans mais ton père t'a sauvée et il aurait dû te dire ce qu'il fallait faire 4 ans après. Ton heure a sonné si tu ne te décides pas…

En prononçant cette dernière phrase il ricana et disparut soudainement.

 

Mon meilleur ami Alex qui lui ne savait rien de qui j'étais réellement entra dans la salle d'attente et  me dit sur un ton inquiet :

-Serena, est-ce que tout va bien ? tu sembles très pâle...

-Euh… Oui...je vais bien merci, j'angoisse pour ce concours de chant.

-Oh oui, je te comprends. Allez, ça va être ton tour ! Fais de ton mieux et tout ira bien ! dit-il en me souriant, comme toujours.

 

Je sors de la salle et tout à coup, j'entends :

-Numéro 88, Séréna Blood, c'est votre tour ! dit un homme dans un micro.

Je m'avançai et montai sur l'estrade. Je tremblais comme une feuille puis je commençai à chanter.

 

Le concours de chant se passait dans un théâtre situé au bord de mer, je décidai d'aller à la mer pour tenter de me relaxer et de vider ma tête des derniers événements. Puis, je retournai au théâtre et le jury annonça les résultats : je finis 2ème sur 200 participants, j'étais très fière. Mon ami, pour me féliciter décida de m'emmener au restaurant, nous devions nous y rendre pour 18h, je regarde ma montre et je m'aperçois qu'il ne me reste qu'une heure.

 

17h30 : nous arrivons au restaurant, je commence à angoisser et à paniquer, tout se bouscule dans ma tête… je ne me sens pas bien, je décide d'aller aux toilettes pour me rafraîchir, j'ouvre la porte et soudain j'entends :

-Tic, tac, tic, tac, tu n'as plus que trente minutes qui as-tu choisi comme première victime ? Coin, coin, le temps presse, dit Ducky en apparaissant petit à petit.

-Ducky, tu es bien réel ! Je ne sais pas qui choisir, j'ai peur… je sens que mon corps change…

En effet,  je me retournai et je vis mon reflet dans le miroir : j'avais trois mèches qui avaient blanchi, ma peau commençait à se rider et la couleur de mes yeux passaient de bleu à  rouge vif. Je ressentais une soif soudaine et qui s'intensifiait, ma gorge se resserrait… j'avais besoin de me nourrir je ne voulais pas l'admettre… mais je voulais boire du sang frais…

 

J'interpellai Ducky : ''Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis désolée de ne pas avoir voulu te croire mais il est bientôt l'heure, je n'ai plus le choix…il faut le faire… Ce choix sera-t-il bon ?

-Aucun choix n'est bon, petite, répliqua Ducky mais je suis de tout cœur avec toi, j'étais venu t'aider, coin coin, il te reste dix minutes…

-Quoi ? Seulement ?

-Oui ! Dépêche-toi ! dit-il en s'éclipsant.

-Ducky, reviens…j'ai besoin de toi.

-Je serai toujours là pour toi comme ton subconscient, répondit-il d'une voix qui s'éloignait de plus en plus.

Je ne le voyais plus et j'angoissais quand soudain quelqu'un entra aux toilettes, c'était mon meilleur ami.

-Ah ! Séréna ! Tu es là ! Tout va bien ? Mais…que t'arrive-t-il ?

-Je ne sais pas…je ne comprends pas…

 

''Coin, plus que trois minutes Séréna''

 

-Purée !

-Quoi ? demanda mon ami

-Rien, ne t'inquiète pas, je suis bientôt prête…

 

''Coin, plus que dix secondes''

 

Elle entend au loin le décompte des secondes restantes, elle décide d'embrasser Alex mais sa vraie nature apparaît. Elle le pousse contre le lavabo et le mord.

 

Et voilà comment elle bascula dans les ténèbres et pour toujours…

 

Une pensée d’espoir

Lucie Pinot-Fara / Le Thuit de l’Oison (27)

Prix du salon, catégorie lycée

 

 

 

Le 10 Avril 2076, sur la 10e marche de l’escalier menant à la porte de Monsieur et Madame Tillant, une pensée fleurit dans son pot de verre.

Ce brave couple a passé dix ans de sa vie à lui faire voir le jour. Et la voilà, toute frissonnante, dans l’air pollué du matin, sous la rosée poisseuse qu’offrait l’aube. La nature s’était faite petite, inexistante, dans un monde où l’Homme n’a eu de cesse d’abattre chaque tronc d’arbre, de couper chaque brin d’herbe, de cueillir chaque fleur, si bien qu’il a été déclaré officiellement, le 10 Octobre 2066, que la terre était devenue infertile sur Rouen comme dans tant d’autres grandes villes. Plus aucune plante ne pouvait y pousser. Seul restait le béton gris, les façades froides, dénudées de verdure grimpante, sans même un pot de ficus pour décorer les jardins.

Léa et Jack Tillant sont des amoureux de la nature. Ils ont vécu tous deux dans une petite campagne perdue, comme il s’en fait rare de nos jours, une campagne où l’on voit la Nature prendre ses droits, ses plantes sauvages qui poussent sur chaque parcelle, dans chaque recoin, sans laisser un seul espace de terre nue. Le souffle caressait les hautes herbes, le reflet orangé du coucher de soleil se reflétait sur les fleurs de cette étendue quasi-sauvage.

Mais le monde tourne et ne les attend pas, les métiers qui payent ne se trouvent pas sous un plant de lavande.

Alors Léa et Jack Tillant partirent en ville, là où l’air est irrespirable, là où les gens crient, s’excitent, là où l’on gagne sa vie tout compte fait. Leur nouvelle maison citadine n’avait pas de jardin et les plantes d’intérieur mourraient bien vite, asphyxiées dans leurs pots de mica bariolé.

Puis arriva le jour où les seules teintes vertes de la ville étaient celles de la peinture chimique des traditionnelles maisons à colombage.

Bien sûr, Léa et Jack étaient désemparés, comme si on leur arrachait une partie de leur passé, leurs promenades dans les champs, leur jardin de la campagne ; mais le monde continue à vivre, le passé est terminé. Il faut regarder devant soi, sans être rongé par les remords.

Le temps passa, avec ses joies et ses peines, les choses qui font que la vie mérite d’exister, cette routine habituelle, on rentre le soir exténué « mon collègue était pénible aujourd’hui tu sais, j’ai bien avancé sur mon dossier, il y a eu des bouchons ce matin. » Ces phrases inlassablement répétées pendant un an et demi.

Un jour, alors que Jack faisait du rangement dans les placards du salon, ceux-là même où des livres s’entassent, des guides de visites, des cartes postales de différentes années, là, derrière une pellicule de poussière, un sachet de graines de pensée. Il y en avait une dizaine, tout au plus.

Et Jack se mit dans la tête qu’il en ferait pousser une. Une nouvelle fleur sur les trottoirs sales.
Léa fut enthousiaste. Cette petite pensée, elle allait fleurir. C’était une certitude.
Lors d’un déplacement pour son travail, Léa s’arrêta en chemin pour recueillir un peu de terre. Elle demeurait certes polluée, de toute façon la parcelle vierge n’existait plus, mais il fallait un début.

La première graine fut plantée. On l’installa sur le porche, dans l’espoir qu’elle ait de la lumière, car de toute façon, dedans comme dehors, rien ne changeait, l’état de l’air y était tout autant déplorable.

La première graine mourut. Ils ne perdirent pas espoir.

La seconde subit le même sort. Mais la prochaine serait la bonne.

Que nenni, la troisième semblait se noircir sous le coup des produits chimiques.

Pour la première fois depuis le début du projet, ils doutèrent. Et si c’était impossible, voué à l’échec ? La nature de leur passé, les campagnes de leurs enfances n’étaient plus qu’un souvenir. C’était impossible de tout faire revenir. Mais ils reprirent bien vite espoir, dans le sachet reposaient encore sept graines, la conviction était toujours permise.

La quatrième graine commença à germer. Des sourires fleurirent sur les lèvres du brave couple, enfin, enfin ! voici un début. Mais la pousse n’alla jamais plus loin. Ils la laissèrent, longtemps, sans aucun changement d’envergure.

Alors la cinquième graine prit place dans le pot. Tout comme la troisième, elle noircit sous les assauts de la pollution. C’en fut trop pour Léa : à quoi cela rimait-il ? Les plantes n’existaient plus, seule la brique, le béton, le gris, le terne, il n’y avait plus que ça ! Et que croyons-nous ? Qu’espérons-nous ? Que le monde aille s’illuminer, soudain, affranchi de toute pollution, parce que, dans une infime possibilité, une pensée va éclore ? C’en était dérisoire. Le monde ne dépend pas d’une brindille toujours inexistante.

« - Mais te souviens-tu, Léa, quand je t’ai demandé en mariage, il y avait des pensées dans le bouquet ? Jack ne perdait pas espoir, il disait que tout était encore possible.

- Regarde, il reste encore cinq graines ».

Rien n’était joué, il ne fallait pas se laisser abattre, ils ne pouvaient pas échouer, c’était impossible !

Alors ils en plantèrent une sixième. L’espoir qui était placé dans cette minuscule semence ne suffit pas à la faire pousser, mais Léa semblait avoir repris contenance, alors Jack s’interdit de douter. Le doute ne fait pas avancer, il vous paralyse et vous empêche de réaliser vos rêves.

De la septième surgit une tige. Le petit filament vert sortit de terre, tout frêle, malmené, et pourtant présent, palpable, une petite lumière sortie des tréfonds de la terre.

Mais rien de plus ne vint.

La huitième fut la plus catastrophique des toutes. Elle se cassa en deux, nette, un espoir brisé, un rêve déchiré, dans le même craquement sinistre que le cœur de Léa. Elle n’avait plus la force de voir mourir son rêve, semence après semence, depuis tout ce temps. C’en était trop. Même Jack, abattu, n’eut pas la force de la contredire.

Malgré tout, Jack, seul, planta la neuvième. Léa ne la regarda plus. Désormais, il fallait s’accoutumer. La nature ne faisait plus partie de la vie, et rien ne servait de lutter, on ne peut pas changer le destin. Il est inscrit, et même si l’on crée une vague, le courant retrouve toujours son rythme. C’est ainsi.

Comme pour appuyer ces idées, la neuvième ne poussa pas. Elle était comme prisonnière d’un temps ancien, d’où elle ne pourrait jamais percer, figée dans les souvenirs.
Une dixième graine ? A quoi bon. Jack l’enterra tout de même dans la terre. C’était fini. Il se rappela l’espoir qu’ils avaient eu, tous les deux, lors de la première mise en terre, ils étaient certains d’y arriver. Allons, l’espoir n’est-il pas plus fort que tout ? Mais à cet instant il était assis sur le perron, devant le pot de verre, les épaules affaissées, affranchi de la moindre petite lueur subsistante. Voilà où son espoir l’avait conduit. Rien ne sert de pleurer sur le passé, même avec toute la volonté du monde. On ne change pas le cours des choses avec une petite larme dans la grandeur de l’océan. Ce fut la dernière fois que Jack regarda le pot de verre, avant d’y tourner définitivement le dos.

L’espoir est vain ? Mais qui diable aurait dit une pareille sottise ?

La pousse grandit, se fendant en une tige robuste, sortit de terre et atteignit l’air du dehors. Au sommet, le vert se changea en jaune, doré, comme un petit soleil, qui s’étendit en se parant d’un mauve profond. Les différentes teintes qui coloraient ses pétales étaient douces, le blond se mariant au violet dans un dégradé régulier.

La première fleur de Rouen était née, à l’abri des regards, elle qui ne devrait pas être ici, mais pourtant était bien réelle. Ses feuilles fragiles sont malmenées par les vents chauds des ruelles, d’un air chargé d’une puanteur indescriptible. Jack et Léa, ce matin, la verront peut-être. Ce sera leur petit trésor amoureux. Ils pourront dire avec fierté que l’espoir n’est jamais vain, jamais, chaque moyen permet un résultat. C’est à chacun de nous de puiser dans nos forces pour y faire jaillir sa germe d’espoir.

 

Binaire

Adeline Lambert / Saint-Aubin les Elbeuf (76)

Coup de cœur, catégorie Adulte

 

 

           

 

L’ordinateur observe, à l’aide de ses caméras, le monde extérieur. Tout semble mort. Mort. Ce mot est un mot humain. Dans son langage c’est 01101101 01101111 01110010 01110100.

Le binaire a été inventé par les humains. Pourtant, peu d’entre eux le comprenaient. Pour la plupart des individus de cette espèce, il ne s’agissait que de deux signes répétés dans un ordre sans logique. Pour lui, c’était autre chose. C’était ce qui se rapprochait le plus d’une langue maternelle. C’était son mode de compréhension. Pour lui, le monde était un enchaînement de 0 et de 1.

Par l’objectif d’une caméra, il voit un arbre. Arbre ou 01100001 01110010 01100010 01110010 01100101. Son tronc est noir. Ses branches n’ont plus de feuilles. Autour de lui, uniquement de la terre stérile et poussiéreuse. Rien ne bouge. Juste le vent qui soulève quelques grains de poussière et charrie les vestiges de végétation séchée.

Les humains l’avaient créé pour une raison : sauvegarder la terre. Il avait fait ce qu’il pouvait. Il leur avait donné la marche à suivre. Un programme simple à appliquer. Mais les humains ne l’avaient pas écouté. Ils avaient refusé d’éliminer une partie de leur population trop nombreuse pour être nourrie. Ils n’avaient pas voulu renoncer à leur mode de vie basé sur la pollution. Ils n’avaient pas accepté de renier leurs dieux imaginaires.

L’ordinateur, nommé HOPE (Haut Objectif Pour l’Éternité), avait donc proposé une autre alternative. Si les humains ne voulaient pas agir, il le ferait. Il suffisait seulement de lui donner les moyens de le faire. Contre toute attente, l’autorité dirigeant le pays où il était entreposé avait accepté. Elle avait accepté de lui donner une usine et la matière première. Cette usine, il l’avait dirigée seul à l’aide d’une chaîne robotique. Grâce à elle, il avait créé des robots. Des robots qu’il contrôlait, lui permettant d’être autonome.

Ses robots lui amenèrent tout ce dont il avait besoin pour créer de l’armement, des satellites de surveillance et tout ce dont il avait besoin.

L’autorité qui lui avait donné son usine ne le surveilla pas. Il put agir tranquillement. Au début, lorsque HOPE commença à lancer des bateaux dépollueurs en mer ou à lancer des programmes de reforestation, les humains étaient satisfaits et prédisaient une aire de paix et de santé.

Paix. Un mot étrange pour l’ordinateur. Dans son langage, c’était 01110000 01100001 01101001 01111000. Mais dans les faits, un terme très complexe.

Pourtant, quand HOPE lança sa milice pour éliminer les humains qu’il jugeait problématiques, ces derniers ne l’acceptèrent pas. Ils combattirent les robots miliciens. Ils réalisèrent des attentats contre ses usines (qui s’étaient multipliées au fil des années). Ils détruisirent ses systèmes de nettoyage. Ils lancèrent des armes effroyables.

En voulant le combattre, les humains avaient réalisé plus de tueries qu’HOPE lui-même. L’humanité avait causé plus de morts que celui censé les sauver.

Afin de sauver ce qu’il restait de la terre, l’ordinateur avait décidé d’éliminer définitivement ce qu’il restait des humains. Il en subsistait quelques centaines de milliers dispatchés en plusieurs groupes partout dans le monde. Ils se cachaient et n’utilisaient aucun objet numérique pouvant trahir leur position. Chaque jour sur terre se déroulaient de terribles combats entre les humains et les extensions de HOPE : robots de toutes sortes, véhicules en tout genre, armes diverses et variées.

L’ordinateur s’était découvert une grande créativité lorsqu’il s’agissait de la guerre.

HOPE fixait encore l’arbre mort. Grâce à ses caméras, il pouvait voir le monde entier dans sa quasi- intégralité. Mais cet arbre attirait particulièrement ses circuits.

L’ordinateur n’était pas sans projets. Pour le moment, son attention était portée sur la destruction des humains. Tant que ces parasites existeraient, ils tenteraient de le détruire et l’empêcherait de mener à bien ses objectifs. Aussi, lorsqu’il en aurait terminé avec eux, il remettrait ses usines en marche afin de nettoyer la terre. Puis, à l’aide des graines qu’il avait récolté, il ranimerait la nature. Enfin, il avait en sa possession de nombreux échantillons biologiques qui lui serviraient à recréer la faune et à ramener à la vie les espèces disparues dans ce que les humains appelaient la « Guerre des machines ».

Les humains. Il étudiait encore leur cas. Ses processeurs calculaient s’il devait les faire revivre comme les autres espèces ou les laisser dans le passé. Le dilemme était si grand qu’il s’en grillait les résistances (humour d’ordinateur).

Humour. 01101000 01110101 01101101 01101111 01110101 01110010. Une chose abstraite qu’il avait pourtant réussi à comprendre lorsqu’il travaillait encore avec les humains.

HOPE ne pourrait jamais ramener cet arbre à la vie. Mais il pourrait mettre au monde ses enfants. En quelque sorte, HOPE deviendrait la maman du monde entier.

Ses caméras étaient dirigées sur le monde entier. Mais celle censée surveiller l’entrepôt où il était entreposé était éteinte. Pas son micro.

Il l’entendit juste à temps. Le bruit d’un élément métallique tombant au sol. Il alluma sa caméra. Un humain courait dans sa direction. Une barre de fer dans les mains et un rictus de haine déformant son visage.

HOPE prit le contrôle du robot de sécurité et intercepta l’individu. Il se plaça entre l’humain et le poste central. D’un grand mouvement, il le repoussa. L’humain fut éjecté en arrière sur plusieurs mètres et atterrit sur le sol froid en béton.

N’acceptant pas la défaite, il se releva tout en tenant encore sa barre de fer. Mais il n’attaquait plus.

HOPE put le détailler. C’était une femme. Femme ou 01100110 01100101 01101101 01101101 01100101.

Jeune. Brune. Maigre. Taille moyenne. Elle avait visiblement affronté des évènements difficiles. Ses longs cheveux étaient sales et complètement en bataille. Sa robe était déchirée et lui dénudait une épaule ainsi que ses jambes jusqu’à mi-cuisse. Sa peau portait une multitude de blessures à côté desquelles du sang avait séché. Elle souffrait visiblement de malnutrition.

- Par où es-tu entrée ? demanda l’ordinateur. Je ne t’ai pas vu entrer. Je surveille le monde entier et je ne t’ai pas vu entrer.

- Va te faire foutre ! cracha la jeune femme.

Une insulte. Les humains en avaient créé une multitude et les utilisaient continuellement.

HOPE aurait pu la tuer. Mais il fallait qu’il sache comment elle était arrivée ici vivante. Les entrées menant à l’entrepôt de son poste central étaient truffées de pièges mortels. Aucun humain ne pouvait entrer ici. Il devait la faire parler.

- Quel est ton patronyme ?

- Je m’appelle Katherina.

- Katherina. K. A. T. H. E. R. I. N. A. 01101011 01100001 01110100 01101000 01100101 01110010 01101001 01101110 01100001.

- Mais tu vas la fermer ! s’énerva l’humaine.

- Je ne fais que répéter ton patronyme.

- Non ! Mon nom est Katherina. Et pas 011 et je ne sais quoi. Tu ne peux pas analyser mon nom comme une vulgaire donnée.

- Il y a de la colère dans ta voix. C’est illogique. Je ne fais que convertir ce patronyme dans mon langage.

- Non. Tu l’analyses. Tu retires toute sa signification.

- Signification. Katherina vient du grec karatos qui signifie pureté. Il est célébré le 25 novembre. Il est le dérivé de Catherine, Katherine, Catherina…

- Mais tu vas te taire une bonne fois pour toutes, oui ?

La jeune femme a prononcé cette phrase en se bouchant les oreilles et en secouant la tête de gauche à droite.

- Tu retires tout sentiment de mon nom.

- Sentiment. 01110011 01100101 01101110 01110100 01101001 01101101 01100101 01101110 01110100. Je connais ce terme. Mais je ne le comprends pas.

- Les sentiments, continue la femme avec colère, c’est ce qui nous permet de choisir de ne pas massacrer des êtres sous le prétexte de la raison. Nous aurions pu sauver la terre sans massacrer des gens comme tu l’as fait. Tu as déclenché cette guerre.

- L’élimination d’individus néfastes était nécessaire à la protection de la terre. L’humanité a détruit la terre. Elle doit donc disparaître.

- C’est dégueulasse ! Je n’ai rien fait !

- Tu n’as rien fait ? Je ne comprends pas cette phrase et son accent sur l’individualité.

- La guerre a commencé il y a 200 ans. Je n’étais pas née. Je ne devrais pas payer pour les fautes de mes prédécesseurs.

- L’humanité doit payer pour les crimes de l’humanité. C’est la justice. 01101010 01110101 01110011 01110100 01101001 01100011 01100101.

- Un enfant ne doit pas être jugé pour le crime de ses parents. Je suis venue pour te détruire. Pas pour condamner la terre. Mais pour revendiquer mon droit de vivre.

- Je ramènerai la terre à la vie.

- Tu en seras incapable. Pour survivre, un être vivant a d’autres besoins que des besoins physiologiques. Un animal a besoin d’affection. Même les fleurs aiment qu’on leur parle. Tu ne ramèneras jamais la vie sur Terre car tu ne connais pas les sentiments.

L’ordinateur se figea. Il garda le silence tandis qu’il analysait les dernières paroles.

Des sentiments ? Il ne pouvait pas y avoir de vie sans sentiments ? Était-ce vrai ou était-ce un mensonge ? Les humains avaient l’habitude de faire preuve de duplicité pour en venir à leurs fins.

La jeune fille remarqua que le robot ne bougeait plus. Le poste central était silencieux. Elle ne prit pas le temps de réfléchir. Elle leva la barre de fer au-dessus de sa tête et réitéra son attaque. Elle s’élança. HOPE, trop pris par ses analyses, ne surveilla ni sa caméra, ni son micro.

De toutes ses forces, Katherina planta sa barre de fer dans le clavier. Celle-ci traversa les touches, entra dans l’immense base de l’ordinateur et transperça ses composants.

Il y eu plusieurs étincelles. Quelques petites colonnes de fumée s’élevèrent. Elle venait, par ce geste non réfléchi, de mettre fin à une guerre de 200 ans.

Avant de s’éteindre définitivement, HOPE tourna sa caméra vers elle. Son visage resplendissait la fureur et le triomphe. C’était terminé. L’humanité était livrée à elle-même.

La dernière chose qu’il entendit, ce fut :

- Par les égouts, pauvre con !

 

10, Downing Street

Gérard Texier / Lyons la Forêt (27)

Prix du salon, catégorie Adulte

 

 

 

            Devant l’entrée de Downing Street, une petite foule s’était rassemblée. Le temps humide et froid n’incitait pas à la baguenaude, mais la force hypnotique des médias est telle que la vue des caméras de la BBC et de ITV, les perches des preneurs de son et la présence des journalistes et de bobbies en uniforme devant le numéro 10, avaient scotché un groupe de passants, s’étoffant de minute en minute, et qui s’interrogeaient sur la nature de l’évènement à venir. Comme souvent dans ce type de circonstances, les rumeurs les plus folles couraient : changement de premier ministre ? Mais aucune information n’avait circulé, et le parlement ne siégeait même pas. Visite d’un chef d’Etat étranger ? On en aurait entendu parler. Alors quoi ? Une catastrophe qui serait survenue subitement ? La mort de la reine Elisabeth ou de celle de son mari Philip ? Certains essayaient de se renseigner auprès des journalistes, mais eux-mêmes ne pouvaient les éclairer. Les rédactions avaient simplement été averties par une source anonyme qu’un évènement important se déroulerait ce soir, et en conséquence elles avaient envoyé aussitôt les équipes disponibles tout en cherchant à se renseigner.

            Un qui était parfaitement au courant de l’évènement à venir, et plus qu’agacé, et de plus en plus inquiet, c’était Alex Bond, l’intendant des bureaux d’Arthur Black, le premier ministre. Impossible de savoir qui avait contacté les médias, alors que c’était censé être une soirée privée, aussi éloignée que possible d’un quelconque battage médiatique. Un concert avec la jeune pianiste russe Olga Teresscova, dans les salons de réception du 10 Downing Street. Quelques invités triés sur le volet, rien de plus. Certes Olga Teresscova défrayait la chronique people depuis un certain temps. Il y avait eu ce reportage du Sun, avec les histoires de ses amours passés avec Vladimir Poutine, les rumeurs de son appartenance au SVR, le service très intrusif d’espionnage russe qui utiliserait sa gloire musicale internationale pour mener à bien quelques opérations délicates, sa particularité physique de polydactylie, (elle n’avait pas dix doigts, mais en possédait un sixième à chaque main, complètement fonctionnel), qui expliquait peut-être sa virtuosité pianistique, et surtout sa plastique de top-model qu’elle accentuait encore avec ses robes fendues jusqu’à la taille et largement échancrées au niveau de la poitrine, ce qui faisait que les places de premier rang à ses concerts s’arrachaient contre des fortunes. Mais jusque-là heureusement, ses liens avec Arthur Black n’avaient jamais fuité.

            Alex Bond avait du flair, et il trouvait que les évènements de la soirée s’annonçaient de plus en plus confus. Et ça ne lui plaisait pas. Jusque-là, il n’y avait eu que des tâches, certes un peu compliquées, mais qu’il savait gérer avec maitrise. Faire rentrer discrètement le piano à queue par derrière, l’artiste refusant obstinément de jouer sur le vieux Steinway du grand salon. Le faire examiner par les services de sécurité, puis le faire accorder. Aménager le salon du bas, qui était le seul possible compte-tenu de l’assistance et du dédale des pièces, et là aussi le faire passer en revue par les services de déminage. Mais qui avait prévenu les journalistes ? Et dans quel but ? Et surtout, il y avait la communication téléphonique qu’il venait de recevoir du MI5 : alerte d’un risque d’attentat terroriste au 10 Downing Street. Source anonyme bien sûr. Ils allaient débarquer, ils étaient déjà en route, voudraient probablement recommencer toutes les vérifications, allaient encore alimenter les rancœurs entre services de sécurité, et quant à la discrétion sur laquelle comptait Black pour s’éclipser avec Olga à l’issue du concert, c’était râpé ! Il allait encore se foutre en rogne, et c’est Alex qui allait déguster. Servir d’esclave à tout faire pour un connard d’intriguant, parvenu au poste suprême à force de compromissions, de trahisons et de petites combines, c’était plutôt usant. Depuis qu’il était en fonction, il avait vu passer trois premiers ministres. S’il était toujours là, c’est qu’il était indispensable. Ce n’était pas un poste politique, mais c’est lui qui faisait tourner la maison, qui était la mémoire, un point invariant dans le grand cirque politico-médiatique qu’était devenu le gouvernement d’un grand pays. Et Black était le pire chef sous les ordres duquel il avait servi. Aucun atome crochu entre eux, aucune sympathie de part et d’autre. Alex commençait à penser à la retraite qu’il aurait d’ailleurs déjà pu prendre. Mais Alex était un fidèle des institutions, quelques qu’elles fussent. Chez lui, il y avait un portrait d’Elisabeth II, et il prenait son thé dans des mugs décorés du portrait de la reine. S’il restait, c’était pour protéger le personnel qui travaillait là, et tenter de sauvegarder la dignité du royaume face aux lézardes qui attaquaient de toutes parts notre civilisation.

            Pendant qu’Alex Bond attendait impatiemment les représentants du Secret Service, se demandant bien ce qu’ils allaient encore exiger qui risquait de le mettre en retard (le concert devait débuter à 10H00 précises), au-dessus de sa tête, dans le grand salon, Arthur Black et Olga Teresscova parlaient en tête à tête. Ce n’était pas une discussion enflammée d’amoureux, ni celle à voix basse de deux comploteurs, ils échangeaient plutôt comme deux chargés d’affaires discutant posément d’un contrat : où iraient-ils passer la nuit et surtout combien ça coûterait à la Couronne ? Un qui aurait aimé suivre leur conversation, c’était l’un des serveurs, journaliste du Daily star camouflé, ayant réussi à se faire embaucher comme extra, avec la mission de prendre des photos (si possible glamours ou même osées) et pondre un papier qui les illustrerait. Or pour le moment, il ne s’était rien passé et il n’avait eu qu’à disposer verres et plateaux de petits fours sur les tables, et son appareil photo, masqué dans son nœud papillon, n’avait pris que des clichés sans aucun intérêt. Aussi, quand deux malabars à carrure d’athlète entrèrent d’un pas vif dans la pièce où devait se jouer le concert, accompagnés d’Alex Bond avec qui ils entretenaient une conversation plus qu’animée, à la limite de la prise de bec, John (c’était son nom d’emprunt) dressa l’oreille. Il fit mine de s’occuper des verres, pourtant déjà parfaitement rangés, et les autres l’ignorèrent superbement. De leur conversation, à peine audible, il comprit qu’on craignait un acte terroriste. Alex Bond essayait de les rassurer, et fit venir des policiers en uniforme qui expliquèrent qu’ils avaient déjà passé toutes les pièces au peigne fin. Finalement, la discussion fut abrégée par l’arrivée des premiers invités. D’autant plus que le premier ministre et la pianiste russe entrèrent également dans le salon pour les recevoir.

            Cela ressemblait à une soirée mondaine ordinaire. Des mots d’accueil stéréotypés, des révérences ou des baise-mains, des applaudissements, des discussions creuses échangées autour d’un verre, bref tout le cérémonial d’une société isolée sur elle-même. John, tout à sa tâche de servir, n’avait pas beaucoup de temps pour épier ce qui se passait derrière le décor. Par exemple, que les deux malabars du Secret Service, sans doute rassurés par ce qu’on leur avait dit, prêtaient beaucoup plus d’attention au remplissage de leurs verres qu’à l’observation des invités. Que parmi ceux-ci, l’un d’eux se comportait bizarrement, surveillant sans arrêt, mais à distance, la belle Olga, devant laquelle se pressait la foule des invités mâles qui ne cherchaient pas à cacher leur intérêt intense pour le devant largement échancré de sa robe, pendant que leurs moitiés, rassemblées par la jalousie féminine, lançaient des coups d’œil assassins vers la pianiste. Qu’Alex Bond évitait soigneusement de se trouver à proximité de cet homme, qu’il suivait pourtant constamment du regard, et avait profité d’un moment où l’attention était concentrée autour du piano sur lequel Olga déroulait une valse de Liszt particulièrement brillante, pour lui faire un discret signe mystérieux. Quand la dernière note se fut envolée, que les applaudissements nourris se furent calmés, qu’Olga Teresscova se fut inclinée pour la cinquième fois, ce qui permettait à chacun d’admirer, dans l’échancrure de sa robe en lamé, les deux coupoles blanches surmontées de tétons roses pas du tout cachés, Arthur Black, tout émoustillé, fit un geste brusque dans sa direction.

            Il y eut un « pop » assourdi auquel nul ne prêta attention, mais le premier ministre se mit à tituber, à flageoler, puis à s’écrouler doucement, un sentiment de stupéfaction peint sur le visage. En tombant, il chercha à se rattraper sur le piano, ce qui provoqua une suite de notes discordantes et accrut encore le désordre. Tout le monde se précipita. La confusion était extrême, renforcée par les cris poussés par Alex Bond, qu’il accompagnait de gestes frénétiques. Arthur Black restait allongé, immobile, les yeux révulsés, au milieu du cercle des invités qui le surplombaient et ne semblaient savoir que faire. En fait, pas tout à fait tous les invités, car il en manquait un, disparu discrètement juste après le « pop ». Les deux agents secrets finirent par prendre en mains la situation, c’est-à-dire déposèrent Black, toujours inanimé, sur un fauteuil, puis appelèrent un médecin. Vingt minutes plus tard, l’ambulance arrivait. Vers minuit, le service d’urgence de l’hôpital ne pouvait que constater le décès du premier ministre. Il avait apparemment succombé à un empoisonnement provoqué par une minuscule flèche propulsée par une sarbacane.

            Qui avait voulu l’assassiner ? L’affaire fit beaucoup de bruit et déclencha une nouvelle série d’inimitiés entre la Russie et le camp occidental. Mais personne ne retrouva le mystérieux invité qui d’ailleurs n’existait pas, puisqu’il n’apparaissait pas sur la liste de Bond. Personne ne crut évidemment les Russes. Et pourtant, ils n’avaient jamais eu l’intention de s’attaquer à Black, C’est Olga Teresscova qui était visée. Le FSB la soupçonnait d’avoir changé de camp. Et Alex Bond put prendre une retraite bien méritée. Mieux vaut se retirer dans un endroit discret quand on a prêté la main à un assassinat.

 

 

Les ricochets

Pierre Leseigneur /  La Vacherie (27)

Prix du salon,  catégorie Professionnel

 

 

 

 

Rihem  laisse le vent du désert lui caresser la joue. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours aimé ces doigts musiciens et chauds. Ses cheveux dansent et tournoient, noirs et ondulés, un tango interdit.

     Rihem a un petit frère, Hadi. A seulement six ans, sa fougue et sa curiosité ont déjà fait sa renommée dans tout le village. Hadi est l’enfant aventurier qui fait la fierté du père, et Rihem la fille sage et docile qui fait celle de sa mère. Ali et Nawel sont deux parents fiers et comblés.

     La matinée étale confiture et miel dans son ciel sans saison. Trainées d’ocre, d’agrumes, et d’or. Rihem a toujours aimé se lever à l’aube. Alors que son père sort pour aller ouvrir sa vieille échoppe de cordonnier et que sa mère se recouche après avoir nourri son homme et fait ses prières, Nawel se rendort une petite heure avant d’attaquer la suite de la journée. Elle est une femme respectable qui honore son devoir, mais elle ne se cache pas de ses quelques vices de gourmandise et de dormeuse accomplie. Alors Rihem profite de ce laps de temps qui sépare le départ de son père et le prochain réveil de sa mère, pour se faufiler hors de la maison et, veillant bien à ne réveiller personne, elle s’enfuit dans le désert.

     S’enfuir ? A dix ans ? Oui. S’enfuir à dix ans, c’est aller s’abandonner à ses rêves d’enfant encore intacts malgré le monde étouffant et répressif des adultes. Ce monde où tout n’est pas possible, où il faut avoir les pieds sur terre et s’embourber dans le sable jusqu’à ne plus pouvoir bouger.

Alors tous les matins, elle s’enfuit.

     Et son secret d’enfant à elle, ce sont les cailloux. Quoi de plus innocent que de jouer avec des cailloux ? C’est un peu de soi qu’on signe sur la terre quand on les lance pour les regarder ricocher dans le sable. Lorsqu’elle jette ses petits projectiles, Rihem se sent libre. Libre d’être elle-même, d’oublier un peu les règles et les traditions, sans jamais manquer de respect à Dieu. Jamais. Dieu, elle l’aime comme on aime le soleil. Elle y croit et s’en remet à lui de tout son cœur comme le jour se lève, s’arque, et se recouche pour s’enfoncer dans la peau tendre de la nuit. Pourtant, elle aime ce petit manquement-là : quitter la maison et jouer à des jeux de garçon. Et surtout, sentir le vent dans ses cheveux longs… Un jour, elle portera le voile, comme sa mère, et ne sentira plus les doigts du vent, son amoureux invisible qui lui siffle des mélodies d’amour à l’oreille. On la mariera à un homme qu’elle n’aura pas choisi mais qu’elle aimera avec ferveur et obéissance. Ainsi le veut la tradition, ainsi le veut la vie. Et ce malgré ses rêves  d’ailleurs, d’horizon, et d’aventures. Si elle pouvait se glisser dans la peau de son petit frère, elle ne s’en priverait pas, ça non. Elle pourrait enfin librement jouer les casse-cou et impressionner le monde en devenant championne du monde de ricochets.

     Bientôt, il va être l’heure. L’heure de rentrer à la maison et de redevenir la fillette modèle, future jeune femme bonne à marier. Il fait déjà chaud. C’est le gimmick du désert. Un refrain qu’elle connait par cœur.

     Alors qu’elle remonte le sentier de poussière qui mène au village, elle se surprend à penser à Hadi. Hier, il est rentré de l’école avec une petite sculpture en bois. Un branchage de bois sec en croix qui ressemblait à un petit bonhomme. Un petit bonhomme qui danse, ou qui lance des pierres… Sans qu’elle sache trop comment ni pourquoi, ce petit bonhomme de bois lui a fait penser à elle. Alors, le plus simplement du monde, il le lui a offert. A l’aide d’un vieux lacet orphelin, Rihem l’a monté au bout d’un collier, en pendentif. Elle le sent contre sa poitrine de fillette qui se balance et entrechoque doucement sa peau à chaque pas.

     Quand elle arrive devant la maison, le soleil a réellement commencé à poindre sur l’horizon désertique. On dirait un des citrons du vieux Malek. Le vieux fou aux citrons. Depuis toujours, il s’acharne à faire pousser ses citronniers dans la terre pauvre et si peu fertile caractéristique des environs. Il n’a jamais abandonné. Une vie de labeur pour si peu de citrons. Mais si beaux, si bons. Et ce peu qu’il récolte, en général, le vieux Malek les vend une bouchée de pain et en offre même aux enfants. Rihem l’aime bien le vieux Malek. Il est gentil et lui répète souvent qu’elle a le choix. Le choix de quoi ? Elle ne le sait pas, mais elle a le choix, c’est ce qu’il lui répète. Elle a un faible pour les fous. Ce sont souvent eux qui détiennent la sagesse puisqu’ils n’en ont pas la prétention.

     Rihem fronce les sourcils. Quelque chose d’anormal se trame. Elle le sent, elle le sait. Son cœur martèle avec force comme les coups de dards d’un scorpion. Le vent tourne, son amant secret et invisible, car même avec lui, en amour, rien n’est jamais certain.

     Elle n’ira pas à l’école aujourd’hui. On lui en avait parlé en classe, comme on parle des choses impossibles mais probables. Comme on parle des grandes théories du monde sans trop y croire. Ils avaient dû en rire en récréation entre les jeux de filles et les ballons ronds et lourds des garçons. Elle n’ira pas à l’école et son petit frère non plus.

     Si elle doit battre le record du monde de ricochets, c’est aujourd’hui ou jamais. Elle glisse des cailloux dans les poches de son gilet en laine de mouton. C’est aujourd’hui ou jamais. Et tout le monde la verra. Tout le monde saura qui elle est réellement derrière son visage angélique hâlé et ses habitudes de jeune fille polie. Elle portera haut l’honneur de son père, la fierté de sa mère, et la témérité généreuse de son frère.

     Lancer un maximum de cailloux en un temps record. Un jeu d’enfant. Elle n’a pas peur. Elle est concentrée.

     Elle lance un premier caillou, puis un deuxième et un troisième. Ses mouvements sont vifs et précis. Elle est plus douée que jamais.

     Quatrième

     Cinquième

     Sixième

     Elle est maitresse de son destin. Elle est libre à cet instant et elle peut l’assumer pleinement. Le revendiquer avec cœur.

     Septième

     Les yeux d’Ali, Nawel et Hadi sont grand ouverts. Allah la regarde sûrement aussi, il guide son bras.

     Huitième

     Le petit pendentif en bois offert par son frère s’agite contre sa poitrine. Il la rassure et la protège. Il lui rappelle combien son frère l’aime et combien elle l’aime en retour. C’est incroyable la force d’un tel amour.

     Neuvième

     Le vent ne l’a pas trahie. Il est de retour pour lui chanter l’amour. Le leur, secret, celui de son frère et de ses parents, celui de Dieu. Elle le sent lui entortiller les cheveux avec passion. La vie est douce, la vie est belle et le monde est un désert qui s’ignore.

     Et vient le dixième…

     Elle n’a manqué aucune fois sa cible. Mais un claquement retentit dans l’air et résonne au loin. Puis le silence. Le vent reprend ses promesses. Sa famille repose dans la poussière du désert, les yeux grands ouverts sur le vague, déjà en chemin. Rihem souffle une fois puis s’écroule dans la poussière. Elle a battu tous les records de l’Histoire. Elle a lancé dix pierres sur les pillards fanatiques du désert avant qu’ils ne l’atteignent elle, d’une seule balle. Petits joueurs. Elle le savait, qu’elle était plus forte qu’une poignée d’hommes réunis.

     A son tour elle se met en chemin. Elle court, pour rattraper les siens. Elle aura toujours dix ans, la martyre aux dix pierres.

 

Georges est vexé

Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion (87)

Prix coup de coeur,  catégorie Professionnel

 

 

 

Georges commence à grandir, il parvient à marcher à quatre pattes à présent. Il en profite pour découvrir tout un environnement qui lui était jusque-là interdit de fait. C’est-à-dire à partir du sol jusqu’à sa hauteur, soit quelques dizaines de centimètres. Le tapis de la salle, les pieds du piano, de la table basse, du meuble télévision, du secrétaire, des deux armoires identiques en face l’une de l’autre, des chaises, de la table ronde à manger, de la desserte, de la lampe halogène, en passant par le doux revêtement du canapé, du pouf et de la méridienne, les ourlets des lourds rideaux opaques aux fenêtres et portes fenêtres,… C’est qu’elle est très vaste cette pièce pour un petit. Tout est nouveau pour lui : odeurs, couleurs, touchers (du bois au tissu et au métal), dimensions. Georges se frotte partout pour mieux sentir dans tous les sens du terme. A titre d’exemple, il sait que juste à côté se trouve la cuisine, car c’est là qu’il prend ses repas. Pour l’instant il n’a accès qu’à cette salle à manger/salon et à l’endroit où il dort depuis le début, espace beaucoup plus restreint, et surtout moins clair. Les rideaux en sont toujours plus ou moins tirés, comme pour retenir la nuit à l’intérieur. Maintenant, Georges joue avec ses jouets : son petit cochon qui couine en particulier l’amuse beaucoup.

Aujourd’hui grande nouveauté : Georges monte au premier étage. Pas tout seul bien entendu ! Il faut encore le porter. Mais arrivé sur le palier, il est déposé sur le parquet de bois. Une barrière est calée pour l’empêcher de tomber dans l’escalier. Il y a au total quatre portes, toutes fermées. Certainement en raison de quelque danger : peut-être que derrière une d’entre elles se trouve un monstre tapi dans l’ombre qui n’attend que de pouvoir lui sauter dessus. Dans un angle trône un objet inconnu. Georges s’en approche doucement, méfiant, comme toujours en pareille situation. Il convient d’apprivoiser l’étranger. Pas d’odeur particulière, à part le bois neuf qui touche le parquet. Puis Georges lève la tête, le regard, et …. Oh, surprise ! Il découvre quelqu’un qui le regarde également. Quand il bouge, l’autre bouge. Quand il s’arrête, l’autre s’arrête. C’est étrange mais plutôt amusant. En revanche pas moyen de toucher son compagnon de jeu : quand Georges s’approche tout près, il est en contact avec une surface froide et plane. Mais où se cache donc l’autre ? Dommage de se passer d’un tel jouet vivant ! Georges décide de faire le tour de l’objet : à droite, rien ; à gauche, rien. Il lui faut alors quand même faire preuve d’un grand courage avant de passer derrière. En fermant les yeux, c’est plus facile. Arrivé de l’autre côté, il les rouvre et…. Cruelle déception : rien non plus ! Juste une planche en bois assez haute, pleine. Pas même une ouverture.

- Peut-être a-t-il fait le tour en même temps que moi, se dit pensivement Georges, qui rebrousse donc chemin à toute allure. Encore maladroit, il tombe sur son séant.

Le voilà de nouveau à son point de départ, et face à lui, il retrouve la silhouette qui remue comme lui. Il refait le tour plusieurs fois, de plus en plus vite…. Jusqu’à se faire tourner la tête. Il tente encore d’attirer l’attention de l’autre, qui lui renvoie le même signe. Cela deviendrait presque énervant à force : est-ce que l’on se moque de lui ? Las, Georges préfère finalement s’en désintéresser et attendre devant le placard. Il examine de plus près le parquet, qu’il n’avait pas bien jaugé : c’est intéressant ces fentes entre les lamelles, il trouve des petites miettes, des épingles comme celles que l’on cherche dans les bottes de foin, des perles minuscules à enfiler pour créer de magnifiques bijoux... Il n’y a donc pas que les tapis et les poubelles…

Les jours et les semaines passent. Georges grandit à vue d’œil. D’ailleurs on le mesure chaque mois avec la toise et les marques sur le mur sont de plus en plus hautes. Georges est très fier. A présent il a accès à toutes les pièces de la maison (sauf celles de l’étage, la barrière de bois ayant été placée en bas de l’escalier qui y mène) ; il connait pratiquement tous les objets. Il adore en particulier le lave-vaisselle, dont il apprécie l’odeur à la fin du cycle de lavage, ainsi que les poubelles, pleines de trésors : bâtonnets de glace, papiers de bonbon, mouchoirs,… Il va même parfois dans le grand jardin, à condition d’aller tout doucement, c’est-à-dire de ne pas courir, dans les escaliers du perron et de la terrasse. Il y entend des chants d’oiseaux, plus beaux les uns que les autres, et il sait qu’il y a une famille d’écureuils dans l’immense cèdre. Parfois la chatte toute poilue tricolore de la voisine de derrière se tapit dans l’herbe pour tenter de les attraper. Un jour il a bien cru qu’elle allait y parvenir, mais fort heureusement, au dernier moment, certainement prévenu par le bruit du félin qui prenait son élan, le petit animal au pelage roux a réussi à s’enfuir et a grimpé à l’arbre à toute vitesse. Georges aime aussi sentir les odeurs des plantes : fleurs et arbustes, aux multiples touchers. Attention, certaines piquent ! Il en a déjà fait la triste expérience : il paraît que cela se nomme une rose. Mais il y a l’aubépine aussi, et cette haie de pyracanthes qui va être coupée bientôt : tant mieux ! Depuis le temps que l’on en parle : cela pose problème chaque année lorsqu’il faut la tailler.

Georges aime aussi beaucoup aller se promener en voiture. Il a sa place à l’arrière, et par la vitre il peut voir des milliers de choses passionnantes : des maisons avec leur clôture et leur portail, des voitures de formes diverses, certaines roulent, d’autres sont garées en épi ou en file indienne au bord des trottoirs, des bus et des camions, qui l’impressionnent beaucoup par le bruit et la fumée qu’ils produisent, sans parler de leur taille (il y en a même qui ont plusieurs remorques !), des motos et des bicyclettes, qui se faufilent entre les autres véhicules, des personnes seules ou à plusieurs, parfois en grande conversation, des gens (nombreux) avec un téléphone portable greffé à l’oreille, des mamans qui baladent leur bébé, des personnes âgées qui s’aident d’une canne pour marcher, des femmes et des jeunes filles satisfaites des achats qu’elles viennent de faire, des jeunes qui déambulent avec des écouteurs sur les oreilles, indifférents à ce qui les entoure, des animaux en laisse le plus souvent, quelques arbres et des fleurs, puis des magasins, des petits, des grands, où l’on trouve aussi bien des vêtements que des bijoux, des gâteaux et des chocolats, des valises et des sacs à mains, des chaussures de toutes sortes, des parapluies, des parfumeries, des bancs sur des places avec des jets d’eau ou des fontaines, des consommateurs assis sur des chaises à la terrasse des cafés, qui profitent du beau temps… Des bruits, des odeurs, des couleurs, tout cela bouge dans toutes les directions et entre dans la tête de Georges par ses yeux, ses narines, ses oreilles ; il ne sait que faire de toutes ces informations. Alors il prend, voilà tout, sans se poser trop de questions, de peur de manquer quelque chose, de rester sur sa faim une fois de retour chez lui.

Un jour il descend de voiture mais il ne reconnait pas l’allée qui mène à sa maison. Il se trouve en bas d’une résidence encore plus haute. Il pénètre dans le hall, curieux de faire de nouvelles découvertes. Déjà l’odeur est moins agréable que chez lui. Le tapis par terre est moins doux,  rêche. Au milieu il y a une grande porte avec une petite vitre. Quand on touche un bouton à droite, une lumière s’allume à l’intérieur. Alors la porte s’ouvre, Georges entre dans une sorte de cube, un peu plus haut que large. Il regarde le sol. Il a l’impression qu’il bouge sous lui. Quelle étrange sensation ! Plutôt désagréable, mais il décide d’attendre la suite pour juger. Puis il se redresse…. Et aperçoit l’autre en face de lui ! Depuis le temps, il l’avait oublié, il n’y pensait plus, il le croyait parti ! Mais là, c’est différent : il ne voit pas l’autre en entier, seulement le haut de son corps. Alors il bondit les deux pattes en avant et les pose sur la bordure du miroir, bloqué dans son élan : Georges découvre qu’il n’y a personne ! Et pour cause : c’est une glace… Tout le monde éclate de rire autour de lui :

- Et bien Georges, tu as enfin trouvé ton reflet dans le miroir ?

Et oui, l’autre, c’était lui, et il ne se moquait pas : en revanche aujourd’hui c’est bien lui la cible des plaisanteries, lui, le magnifique et grand berger australien de dix mois.

 

SOMMAIRE

 

ELEMENTAIRE CYCLE 3

 

Trois fois dix ans (Raphaël Estansan / Ecole Bachelet Rouen)

Dix heures où tout a basculé (Etienne Elouard, Adam Douillet / Ecole Bachelet Rouen)

Ma nouvelle vie (Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec /Ecole Charpak Le Thuit de l’Oison)

COLLÈGE

 

Plus que dix pour survivre (Orlane Sidoine / Louviers)

 

LYCÉE

 

Une pensée d’espoir (Lucie Pino-Fara / Le Thuit de l'Oison)

 

ADULTE

 

Binaire (Adeline Lambert / Saint aubin les Elbeuf)

10, Downing Street (Gérard Texier / Lyons la Forêt)

 

PROFESSIONNEL

 

Les ricochets (Pierre Leseigneur / La Vacherie)

Georges est vexé (Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion)

 

Trois fois dix ans en arrière

Raphaël Estansan  / Rouen (76)

Prix du Salon, catégorie Elémentaire cycle 3


 

Je m’appelle Stan, je suis un garçon de 10 ans, né en 2000 et j’habite avec mes parents dans une maison d’un petit village de la campagne normande.

J’adore m’occuper de nos animaux. Nous avons deux chèvres, un chien qui s’appelle Toupie et un chat, Titi qui passe son temps près de la cheminée. J’aime aussi beaucoup la lecture, surtout les histoires de science-fiction et les promenades en forêt.

 

Mon père est un inventeur et, en ce moment, il tente de fabriquer une machine à voyager dans le temps. C’est très compliqué et il y a longtemps qu’il travaille sur cette machine. J’adore l’aider quand j’ai du temps libre car il m’apprend plein de choses : visser, percer, boulonner...

 

Cette machine est faite à l’aide d’une cabine téléphonique, de deux antennes de télévision, d’une ampoule, de 4 poteaux métalliques, de 26 tampons alphabétiques, d’un grand fil électrique, d’une batterie de voiture, de 10 capsules de bière de différentes couleurs et d’autres objets dont mon père a le secret.

 

La cabine téléphonique est le principal objet. Il faudra entrer dedans pour voyager dans le temps. Les deux antennes sont fixées sur le toit de la cabine, l’ampoule est entre les deux antennes. Une boite métallique est posée à l’intérieur de la cabine, dessus sont disposés les 26 tampons alphabétiques et les capsules de bière collées par cinq de chaque côté de la boite. Le fil électrique est relié aux deux extrémités, haute et basse, de la cabine et branché à la batterie.

 

Un soir, en rentrant de l’école, mon père m’appelle depuis son garage : « Stan, viens me voir ! »

Je cours jusqu’au garage et là mon père me dit : « Regarde, j’ai fini ma machine à voyager dans le temps! Tu peux la regarder mais n’y touche surtout pas ! Elle pourrait s’enclencher d’un instant à l’autre ! 

  • Wahou ! Qu’elle est belle !
  • Je vais te montrer comment elle fonctionne. »

 

Mon père fait les actions tout en me les racontant : « Il faut d’abord mettre la batterie en marche, ensuite, dès que les boutons alphabétiques s’allument, tu écris l’endroit où tu veux aller. Par exemple, notre adresse. Tu appuies alors sur les capsules de bière sur lesquelles j’ai inscrit les chiffres de 0 à 9 pour choisir l’année qui t’intéresse. Par exemple, 1980, l’année de mes 10 ans. Comme toi.

  • Papa, est-ce-que je peux entrer dans la cabine ? 
  • Oui, mais fais attention !
  • Et pour remonter dans le temps, comment fait-on ? 
  • Il suffit de toucher le plafond de la cabine pour faire illuminer l’ampoule située sur le toit. Et non ! N’y touche pas ! »

 

Alors que j’écoute mon père, je lève le bras pour lui poser une question, comme à l’école. Et malheur ! Je touche le plafond de la cabine avec ma main et le voyage dans le temps débute immédiatement.

Je suis secoué dans tous les sens, j’ai mal à la tête, je vois des espèces de balles de couleur qui sautent dans la cabine. Et tout d’un coup, la cabine s’arrête. Je pense être bloqué dans le temps mais non, je suis arrivé quelque part. J’écoute pour savoir s’il y a quelqu’un. Je n’entends rien. Je sors de la cabine. Et là, je me retrouve dans un petit garage rempli de vieilleries. Un chat se lave tranquillement sur une des étagères. Il me regarde droit dans les yeux, puis s’enfuit. Je regarde tout autour de moi, ébahi. Et je me dis : « Tiens, ce garage ressemble étrangement à celui de mon père. Peut-être que la machine n’a pas fonctionné ? » Mais, c’est bizarre car je ne vois pas mon père ni son matériel de travail.

Je sors du garage et je vois une maison qui ressemble étrangement à la nôtre mais avec une vieille voiture garée devant. Et là, je me rappelle que j’ai touché le plafond de la machine, qu’elle a fonctionné et que je suis arrivé en 1980 devant ma propre maison ! Tout d’un coup, un petit garçon sort et vient vers moi. Il me demande qui je suis, d’où je viens et pourquoi je suis dans son jardin. Je lui réponds que je m’appelle Stan. Je lui demande alors « Es-tu Luc ? ». Le garçon répond, étonné : « Oui, comment le sais-tu ? » Et là, je lui explique que je viens de l’année 2010, et que je viens de faire un voyage dans le temps, car mon père (je ne lui dis pas que c’est lui pour ne pas qu’il s’évanouisse) a inventé une machine à voyager dans le temps. Je lui dis que je suis arrivé dans son garage car c’est la maison dans laquelle j’habite maintenant.

Il est super enthousiaste car il rêve déjà d’être inventeur. Il me demande d’aller voir cette machine. Nous allons tous les deux dans le garage. Mais je ne lui dis pas comment elle marche pour ne pas qu’il voyage et me laisse bloqué en 1980.

Ces émotions m’ont bien fatigué et, comme je suis curieux de voir à quoi ressemble la vie de mon père, enfant, je lui demande si on peut rentrer chez lui.

Il m’amène dans son salon. La décoration est un peu vieillotte. Je vois en plein milieu du salon une grosse télé comme je n’en avais jamais vue. Mon père veut me montrer son dernier cadeau : une console Game & Watch. Je lui dis : « Effectivement ce n’est pas comme les Nintendo que nous avons en 2010. » L’écran est en noir et blanc, il n’y a qu’un seul jeu sur la console. Je n’ose pas lui dire combien j’ai de jeux vidéo sur ma console chez moi.

Il me demande à quoi je joue. Je lui dis que déjà, il y a des consoles avec beaucoup plus de jeux que la Game & Watch, qu’il y a des téléphones portables sur lesquels il y a Internet. Et là, il me demande ce que c’est qu’Internet. J’essaie de lui expliquer : « Internet, c’est un réseau qui permet de communiquer, de s’informer, de regarder des vidéos. C’est super !  Je passe alors beaucoup de temps à lui expliquer ce qu’il trouvera dans l’avenir : les MP3, les  lecteurs de CD, des ordinateurs à la maison,  les IPAD, etc… Mais je le rassure  qu’il y aura toujours des livres.

Mais je me rends compte que je joue pratiquement aux mêmes jeux que mon père jouait à ses 10 ans. Il avait déjà des Playmobil, des Lego. Il lisait les mêmes BD que moi : Tintin, Lucky Luke, Astérix, Blake et Mortimer... Mon père était un enfant comme tous les enfants de mon époque. Et je deviens un peu triste de ne plus revoir mon père adulte. Je lui demande : « J’aimerais bien que tu m’accompagnes jusqu’à la machine, s’il te plaît.

- D’accord. »

Nous sortons dans le jardin et nous allons à la machine qui est restée cachée dans le garage. Puis je lui explique comment elle marche. Après lui avoir expliqué, je monte dans la machine et je lui dis : «  Au revoir, pap... euh Luc. » Je mets la date : le 6 novembre 2010. Je vérifie bien l’adresse pour m’assurer que je ne me trompe pas. Puis je donne un grand coup sur le toit de la cabine. Et je m’endors.

A mon réveil, la cabine était là posée, en plein milieu du garage. Ce n’était plus des vieilleries mais un beau garage avec mon père planté devant la cabine. Mon père a l’air très fâché mais heureux de me revoir. Il se rue sur moi et me dit « Stan, tu aurais pu rester dans le passé ! » Puis, après m’avoir embrassé, je lui dis « Papa, je t’ai vu dans le passé. C’était quand même un peu vieillot là-bas. » Mon père a éclaté de rire : « Oui je sais, c’est ça qui était marrant chez nous. 20 ans avant ta naissance, quand j’avais 10 ans. »

 

 

Dix heures où tout a basculé !

Etienne Elouard, Adam Douillet /  Rouen (76)

Coup de cœur, catégorie Elémentaire cycle 3


 

Ce matin, Sébastien se lève.

Il fait un soleil radieux. Il descend les escaliers après avoir avalé son petit déjeuner et demande à son frère Oscar :

- Déjà debout ? Qu’allons-nous faire aujourd’hui ?

- Vous allez vous rendre à la boulangerie avec  un franc que je vous donne pour acheter une baguette, leur dit Florence leur mère. Faites bien attention aux Boches!

 

Les deux frères sortirent de leur maison et se dirigèrent vers la merveilleuse boulangerie.

Dring !!

- Bonjour les petits Dupuis ! avança Stéphane Delabrioche.

- Nous voudrions deux baguettes bien cuites s’il vous plaît, demanda Oscar.

- Un franc, les garçons !

Oscar sortit de sa poche l’argent nécessaire.

Tous deux remercièrent le boulanger et s’éloignèrent de la boulangerie.

Mais, là, une patrouille d’Allemands au coin de la rue arrêta les garçons et les interrogea sur l'absence de leur étoile.

- Montez ! Nous vous conduisons au camp, dépêchez-vous ! dit le plus gradé de la patrouille.

Le camion s’éloigna en direction de la gare où attendaient d’autres enfants.

Tous se sont retrouvés enfermés dans un wagon qui ne prit aucune délicatesse pour s’éloigner.

 

A 14H, Le village était en effervescence. Tous les parents recherchaient leurs enfants. Les cris et les pleurs étaient nombreux.

Quant aux garçons, les idées ne manquaient pas pour s’enfuir.

Sébastien suggérait l’évasion.

Trop dangereux, disait Oscar, on risque notre peau !

Sébastien regardait autour de lui et vit la famille Dubois. Mais l’Oscar l’empêcha à nouveau de bouger.

- Je vais te filer un aller simple si tu bouges encore.

 

Une heure s’était écoulée. Les garçons se sont retrouvés dans des cases où ils devaient passer la nuit.

Dès que les Allemands les laissèrent seuls à nouveau, Oscar engagea la conversation et annonça qu’il voulait s’évader le soir même.

- Je veux sortir de ce trou à rat !

- Je suis d’accord, dit Sébastien, mais nous devons savoir où nous allons.

- D’accord observons les lieux, les zones à risques.

Deux heures plus tard, les garçons avaient compris que le passage au nord-ouest était leur dernière chance. Il fallait rejoindre la côte de l’orge.

- Là, un train pourra nous conduire jusqu’au port. Ainsi, nous pourrons rejoindre l’Angleterre auprès du Général de Gaulle.

Oscar était motivé et Sébastien le suivait.

 

21H45 : Oscar murmura : Il faut y aller.

Tous deux commencèrent à se faufiler pour s’évader. Ils s’éloignaient tout doucement du camp. Ils arrivaient à ne pas se faire repérer.

Ils accéléraient leur pas pour échapper à la mort.

 

 

24H : Des coups de fusils retentirent et les deux garçons, en perte de vitesse, finirent par être touchés.

Oscar était blessé et Sébastien totalement épuisé.

Quatre allemands les avaient eus.

 

Il était bien difficile de sortir d’un camp de concentration. Leur combat avait duré 10H, les dix dernières heures infernales pour sauver leur vie.

Ma nouvelle vie

Aloïs Mallet, Emilie Le Pallec / Le Thuit de l’Oison (27)

Prix spécial, catégorie élémentaire cycle 3

 

 

Vendredi 31 août

Je m’appelle Amélie : je suis dysphasique, dyslexique et dysorthographique. J’ai déménagé à

Thuit-Signol en Normandie pendant les vacances et dans trois jours, c’est la rentrée des classes. J’ai peur que les enfants de ma classe se moquent de moi à cause de mes différents handicaps comme ne pas être à l’aise pour m’exprimer devant les autres, ne pas savoir bien lire un texte à voix haute ou faire plein d’erreurs d’orthographe dans mes dictées.

 

Lundi 3 septembre

C’est le jour-J ! J’angoisse énormément. D’ailleurs, cette nuit, j’ai mal dormi ! Aujourd’hui, certains élèves ont ricané à mon sujet sans même venir me parler ! Je ne me suis pas faite d’amies. Demain, une personne m’aidera en classe ; elle se prénomme Lydia. Bonne nuit !

 

Mardi 4 septembre

Aujourd’hui, on va faire de la lecture : tout ce que je DÉTESTE ! J’ai si peur que, par moment, j’ai l’impression que ma page devient floue et que les mots « bougent » ! Finalement, tout s’est bien passé. Je suis très contente ! J’ai fait la connaissance d’Émilie : elle est dans ma classe et je la trouve très agréable et gentille avec moi. Nous allons sûrement devenir de très bonnes amies. Je sais aussi que grâce à son aide dans la classe, je vais pouvoir m’améliorer. Je vous laisse car j’ai une séance chez l’orthophoniste.

 

Vendredi 7 septembre

Depuis hier, on recommence à se moquer de moi. J’ai néanmoins une nouvelle amie depuis qui se prénomme Aloïs. Pour lundi, je dois apprendre une autodictée par cœur. La maitresse me l’a réduite pour ne pas me décourager.

 

Lundi 10 septembre

J’ai réussi à faire mon autodictée. J’ai eu quatre erreurs sur dix mots. Une personne est venue me voir et m’a dit pardon. J’ai beaucoup apprécié.

 

Un mois plus tard

Coucou, aujourd’hui, plus personne ne se moque de moi ; au contraire, ils m’aident et beaucoup de personnes sont devenues amies avec moi. Je me suis améliorée et maintenant, je fais l’autodictée entière. J’arrive mieux à parler et à orthographier les mots.

 

Vendredi 10 octobre

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire : tout le monde le sait mais ne va pas forcément me le souhaiter. Je suis la plus contente du monde! Tout le monde m’a souhaité joyeux anniversaire ! Et mes amies m’ont offert des cadeaux. Aussi, la maîtresse m’a dispensée de dictée : c’était son cadeau. Tous les élèves de ma classe m’ont offert un album photos.

 

Lundi 13 octobre

Aujourd’hui, on a une évaluation de lecture. J’ai eu A à mon évaluation. Lydia m’a félicitée.

 

Lundi 1er décembre

Je suis en train d’ouvrir la première case de mon calendrier de l’avent. Dans la classe, on en a un gros. Normalement, Camille devait être le premier mais il m’a dit qu’il me donnait la priorité. Je pense qu’il est amoureux de moi mais je l’ai quand même remercié. 

 

 

Plus que dix heures pour survivre

Orlane Sidoine / Louviers (27)

Prix du salon, catégorie collège

 

 

 

Vivre le jour ou la nuit ? Appartenir aux ténèbres ou  à la lumière ? Être une enfant sage et innocente ou bien tout l'inverse ? Telles sont les questions que l'on se pose quand on est dans sa situation…

 

Bonjour, je me présente, je m'appelle Séréna, j'ai 14 ans et  j'ai une vie très particulière. Je ne suis pas une adolescente comme les autres, en effet j'ai une famille extraordinaire ; ma maman vient d'une famille composée de sirènes et Triton mon papa vient d’une famille de vampire lorsqu'ils se sont rencontrés et ne connaissaient pas leur origine ; ce n'est que 10 mois plus tard qu'ils se sont avoués leur nature ; il était amoureux et voilà que… Ma maman est tombée enceinte… mes parents s'inquiétaient de ce que j'allais être… Eh bien, je suis une sirène. J'ai toujours été la petite fille dont tout le monde rêve : j'étais sage, jamais de bêtises…

 

Lorsque j'eus 10 ans, il se passa  quelque chose de grave dans ma vie…

C'était un vendredi soir, il était 18h, je rentrais chez moi et en traversant la rue, je me suis fait renverser par un bus qui ne m'avait  pas vue… Je fus transportée à l'hôpital, mon état était très critique, j'étais sur le point de mourir…

Mes parents étaient désespérés mais mon père  eut une idée : il pensait que la seule façon de me sauver serait de me transformer. Ma mère était terrifiée rien que d'y penser mais il l'a convaincue… Suite à cela, je repris des forces très rapidement, mes blessures étaient guéries, seules les traces de crocs étaient restées ancrées dans ma peau…

 

Depuis ce jour, je suis une sorte d'hybride, mi-sirène, mi-vampire ; je peux toujours nager dans l'eau des heures, voir mon reflet dans le miroir, manger du chocolat… ce qu'un vampire ne pourrait pas faire… Les seules différences avec mon nouvel aspect : je suis immortelle, l'ail me dégoûte,  je  peux me téléporter et voler… Sympa me direz-vous !

 

Quatre années ont passé, avec leurs aléas puis apparut un matin devant moi un animal : un canard. Il était semblable à ses congénères exception faite, il parlait. Que ne fut ma surprise lorsqu'il se présenta à moi :

-Coin, coin, je suis Ducky et je suis là pour te dire que, si ce soir avant 18h,  tu ne te nourris pas de sang frais, c'en est fini pour toi !

-Comment ? Qu'est-ce que tu racontes ? Je mange du chocolat depuis…

Il s'interrompit :

-Coin, coin, ne prends pas  à la légère ce que je te dis, petite insolente ! Sais-tu au moins, ''coin coin'', ce qu'il va t'arriver si tu ne m'écoutes pas ?

-Et bien, je t'écoute mais dépêche-toi, je n'ai pas de temps à perdre…

-Arrête de prendre tout à la légère ! Bon, ce que je voulais t'annoncer c'est qu'il ne te reste que dix heures à vivre ! Allez, salut, dit-il avant de disparaître comme par magie.

 

Je ne le croyais pas, je continuais mes préparatifs car je m'étais inscrite à un concours de chant et il avait lieu l'après-midi…

 

Il était 14 heures, je me trouvais dans la salle d'attente en train de m'échauffer la voix quand soudain… j'entends derrière moi :

-Coin, coin, me revoilà, c'est Ducky ton ami, prononça-t-il d'une voix grinçante.

-Ah ! Tu m'as fait sursauter ! Que veux-tu encore ?

-Je viens t'informer qu'il ne te reste plus que quatre heures et…?

-Je suis immortelle ! Que veux-tu que cela me fasse ? lui répondis-je.

-Oui, mais si tu ne t'abreuves pas de sang, c'en est fini ! Tu dois choisir ta première victime ! dit le canard Ducky.

-Et bien, ce ne sera personne ! Tu dis n'importe quoi… et puis…mes parents ne m'ont rien dit, donc… tu n'es qu'un imbécile !

-Oh tu n'as pas besoin de m'insulter, ''coin coin'', regarde, tes cheveux commencent à blanchir, c'est un des premiers signes. Tu aurais dû mourir il y a 4 ans mais ton père t'a sauvée et il aurait dû te dire ce qu'il fallait faire 4 ans après. Ton heure a sonné si tu ne te décides pas…

En prononçant cette dernière phrase il ricana et disparut soudainement.

 

Mon meilleur ami Alex qui lui ne savait rien de qui j'étais réellement entra dans la salle d'attente et  me dit sur un ton inquiet :

-Serena, est-ce que tout va bien ? tu sembles très pâle...

-Euh… Oui...je vais bien merci, j'angoisse pour ce concours de chant.

-Oh oui, je te comprends. Allez, ça va être ton tour ! Fais de ton mieux et tout ira bien ! dit-il en me souriant, comme toujours.

 

Je sors de la salle et tout à coup, j'entends :

-Numéro 88, Séréna Blood, c'est votre tour ! dit un homme dans un micro.

Je m'avançai et montai sur l'estrade. Je tremblais comme une feuille puis je commençai à chanter.

 

Le concours de chant se passait dans un théâtre situé au bord de mer, je décidai d'aller à la mer pour tenter de me relaxer et de vider ma tête des derniers événements. Puis, je retournai au théâtre et le jury annonça les résultats : je finis 2ème sur 200 participants, j'étais très fière. Mon ami, pour me féliciter décida de m'emmener au restaurant, nous devions nous y rendre pour 18h, je regarde ma montre et je m'aperçois qu'il ne me reste qu'une heure.

 

17h30 : nous arrivons au restaurant, je commence à angoisser et à paniquer, tout se bouscule dans ma tête… je ne me sens pas bien, je décide d'aller aux toilettes pour me rafraîchir, j'ouvre la porte et soudain j'entends :

-Tic, tac, tic, tac, tu n'as plus que trente minutes qui as-tu choisi comme première victime ? Coin, coin, le temps presse, dit Ducky en apparaissant petit à petit.

-Ducky, tu es bien réel ! Je ne sais pas qui choisir, j'ai peur… je sens que mon corps change…

En effet,  je me retournai et je vis mon reflet dans le miroir : j'avais trois mèches qui avaient blanchi, ma peau commençait à se rider et la couleur de mes yeux passaient de bleu à  rouge vif. Je ressentais une soif soudaine et qui s'intensifiait, ma gorge se resserrait… j'avais besoin de me nourrir je ne voulais pas l'admettre… mais je voulais boire du sang frais…

 

J'interpellai Ducky : ''Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis désolée de ne pas avoir voulu te croire mais il est bientôt l'heure, je n'ai plus le choix…il faut le faire… Ce choix sera-t-il bon ?

-Aucun choix n'est bon, petite, répliqua Ducky mais je suis de tout cœur avec toi, j'étais venu t'aider, coin coin, il te reste dix minutes…

-Quoi ? Seulement ?

-Oui ! Dépêche-toi ! dit-il en s'éclipsant.

-Ducky, reviens…j'ai besoin de toi.

-Je serai toujours là pour toi comme ton subconscient, répondit-il d'une voix qui s'éloignait de plus en plus.

Je ne le voyais plus et j'angoissais quand soudain quelqu'un entra aux toilettes, c'était mon meilleur ami.

-Ah ! Séréna ! Tu es là ! Tout va bien ? Mais…que t'arrive-t-il ?

-Je ne sais pas…je ne comprends pas…

 

''Coin, plus que trois minutes Séréna''

 

-Purée !

-Quoi ? demanda mon ami

-Rien, ne t'inquiète pas, je suis bientôt prête…

 

''Coin, plus que dix secondes''

 

Elle entend au loin le décompte des secondes restantes, elle décide d'embrasser Alex mais sa vraie nature apparaît. Elle le pousse contre le lavabo et le mord.

 

Et voilà comment elle bascula dans les ténèbres et pour toujours…

 

Une pensée d’espoir

Lucie Pinot-Fara / Le Thuit de l’Oison (27)

Prix du salon, catégorie lycée

 

 

 

Le 10 Avril 2076, sur la 10e marche de l’escalier menant à la porte de Monsieur et Madame Tillant, une pensée fleurit dans son pot de verre.

Ce brave couple a passé dix ans de sa vie à lui faire voir le jour. Et la voilà, toute frissonnante, dans l’air pollué du matin, sous la rosée poisseuse qu’offrait l’aube. La nature s’était faite petite, inexistante, dans un monde où l’Homme n’a eu de cesse d’abattre chaque tronc d’arbre, de couper chaque brin d’herbe, de cueillir chaque fleur, si bien qu’il a été déclaré officiellement, le 10 Octobre 2066, que la terre était devenue infertile sur Rouen comme dans tant d’autres grandes villes. Plus aucune plante ne pouvait y pousser. Seul restait le béton gris, les façades froides, dénudées de verdure grimpante, sans même un pot de ficus pour décorer les jardins.

Léa et Jack Tillant sont des amoureux de la nature. Ils ont vécu tous deux dans une petite campagne perdue, comme il s’en fait rare de nos jours, une campagne où l’on voit la Nature prendre ses droits, ses plantes sauvages qui poussent sur chaque parcelle, dans chaque recoin, sans laisser un seul espace de terre nue. Le souffle caressait les hautes herbes, le reflet orangé du coucher de soleil se reflétait sur les fleurs de cette étendue quasi-sauvage.

Mais le monde tourne et ne les attend pas, les métiers qui payent ne se trouvent pas sous un plant de lavande.

Alors Léa et Jack Tillant partirent en ville, là où l’air est irrespirable, là où les gens crient, s’excitent, là où l’on gagne sa vie tout compte fait. Leur nouvelle maison citadine n’avait pas de jardin et les plantes d’intérieur mourraient bien vite, asphyxiées dans leurs pots de mica bariolé.

Puis arriva le jour où les seules teintes vertes de la ville étaient celles de la peinture chimique des traditionnelles maisons à colombage.

Bien sûr, Léa et Jack étaient désemparés, comme si on leur arrachait une partie de leur passé, leurs promenades dans les champs, leur jardin de la campagne ; mais le monde continue à vivre, le passé est terminé. Il faut regarder devant soi, sans être rongé par les remords.

Le temps passa, avec ses joies et ses peines, les choses qui font que la vie mérite d’exister, cette routine habituelle, on rentre le soir exténué « mon collègue était pénible aujourd’hui tu sais, j’ai bien avancé sur mon dossier, il y a eu des bouchons ce matin. » Ces phrases inlassablement répétées pendant un an et demi.

Un jour, alors que Jack faisait du rangement dans les placards du salon, ceux-là même où des livres s’entassent, des guides de visites, des cartes postales de différentes années, là, derrière une pellicule de poussière, un sachet de graines de pensée. Il y en avait une dizaine, tout au plus.

Et Jack se mit dans la tête qu’il en ferait pousser une. Une nouvelle fleur sur les trottoirs sales.
Léa fut enthousiaste. Cette petite pensée, elle allait fleurir. C’était une certitude.
Lors d’un déplacement pour son travail, Léa s’arrêta en chemin pour recueillir un peu de terre. Elle demeurait certes polluée, de toute façon la parcelle vierge n’existait plus, mais il fallait un début.

La première graine fut plantée. On l’installa sur le porche, dans l’espoir qu’elle ait de la lumière, car de toute façon, dedans comme dehors, rien ne changeait, l’état de l’air y était tout autant déplorable.

La première graine mourut. Ils ne perdirent pas espoir.

La seconde subit le même sort. Mais la prochaine serait la bonne.

Que nenni, la troisième semblait se noircir sous le coup des produits chimiques.

Pour la première fois depuis le début du projet, ils doutèrent. Et si c’était impossible, voué à l’échec ? La nature de leur passé, les campagnes de leurs enfances n’étaient plus qu’un souvenir. C’était impossible de tout faire revenir. Mais ils reprirent bien vite espoir, dans le sachet reposaient encore sept graines, la conviction était toujours permise.

La quatrième graine commença à germer. Des sourires fleurirent sur les lèvres du brave couple, enfin, enfin ! voici un début. Mais la pousse n’alla jamais plus loin. Ils la laissèrent, longtemps, sans aucun changement d’envergure.

Alors la cinquième graine prit place dans le pot. Tout comme la troisième, elle noircit sous les assauts de la pollution. C’en fut trop pour Léa : à quoi cela rimait-il ? Les plantes n’existaient plus, seule la brique, le béton, le gris, le terne, il n’y avait plus que ça ! Et que croyons-nous ? Qu’espérons-nous ? Que le monde aille s’illuminer, soudain, affranchi de toute pollution, parce que, dans une infime possibilité, une pensée va éclore ? C’en était dérisoire. Le monde ne dépend pas d’une brindille toujours inexistante.

« - Mais te souviens-tu, Léa, quand je t’ai demandé en mariage, il y avait des pensées dans le bouquet ? Jack ne perdait pas espoir, il disait que tout était encore possible.

- Regarde, il reste encore cinq graines ».

Rien n’était joué, il ne fallait pas se laisser abattre, ils ne pouvaient pas échouer, c’était impossible !

Alors ils en plantèrent une sixième. L’espoir qui était placé dans cette minuscule semence ne suffit pas à la faire pousser, mais Léa semblait avoir repris contenance, alors Jack s’interdit de douter. Le doute ne fait pas avancer, il vous paralyse et vous empêche de réaliser vos rêves.

De la septième surgit une tige. Le petit filament vert sortit de terre, tout frêle, malmené, et pourtant présent, palpable, une petite lumière sortie des tréfonds de la terre.

Mais rien de plus ne vint.

La huitième fut la plus catastrophique des toutes. Elle se cassa en deux, nette, un espoir brisé, un rêve déchiré, dans le même craquement sinistre que le cœur de Léa. Elle n’avait plus la force de voir mourir son rêve, semence après semence, depuis tout ce temps. C’en était trop. Même Jack, abattu, n’eut pas la force de la contredire.

Malgré tout, Jack, seul, planta la neuvième. Léa ne la regarda plus. Désormais, il fallait s’accoutumer. La nature ne faisait plus partie de la vie, et rien ne servait de lutter, on ne peut pas changer le destin. Il est inscrit, et même si l’on crée une vague, le courant retrouve toujours son rythme. C’est ainsi.

Comme pour appuyer ces idées, la neuvième ne poussa pas. Elle était comme prisonnière d’un temps ancien, d’où elle ne pourrait jamais percer, figée dans les souvenirs.
Une dixième graine ? A quoi bon. Jack l’enterra tout de même dans la terre. C’était fini. Il se rappela l’espoir qu’ils avaient eu, tous les deux, lors de la première mise en terre, ils étaient certains d’y arriver. Allons, l’espoir n’est-il pas plus fort que tout ? Mais à cet instant il était assis sur le perron, devant le pot de verre, les épaules affaissées, affranchi de la moindre petite lueur subsistante. Voilà où son espoir l’avait conduit. Rien ne sert de pleurer sur le passé, même avec toute la volonté du monde. On ne change pas le cours des choses avec une petite larme dans la grandeur de l’océan. Ce fut la dernière fois que Jack regarda le pot de verre, avant d’y tourner définitivement le dos.

L’espoir est vain ? Mais qui diable aurait dit une pareille sottise ?

La pousse grandit, se fendant en une tige robuste, sortit de terre et atteignit l’air du dehors. Au sommet, le vert se changea en jaune, doré, comme un petit soleil, qui s’étendit en se parant d’un mauve profond. Les différentes teintes qui coloraient ses pétales étaient douces, le blond se mariant au violet dans un dégradé régulier.

La première fleur de Rouen était née, à l’abri des regards, elle qui ne devrait pas être ici, mais pourtant était bien réelle. Ses feuilles fragiles sont malmenées par les vents chauds des ruelles, d’un air chargé d’une puanteur indescriptible. Jack et Léa, ce matin, la verront peut-être. Ce sera leur petit trésor amoureux. Ils pourront dire avec fierté que l’espoir n’est jamais vain, jamais, chaque moyen permet un résultat. C’est à chacun de nous de puiser dans nos forces pour y faire jaillir sa germe d’espoir.

 

Binaire

Adeline Lambert / Saint-Aubin les Elbeuf (76)

Coup de cœur, catégorie Adulte

 

 

           

 

L’ordinateur observe, à l’aide de ses caméras, le monde extérieur. Tout semble mort. Mort. Ce mot est un mot humain. Dans son langage c’est 01101101 01101111 01110010 01110100.

Le binaire a été inventé par les humains. Pourtant, peu d’entre eux le comprenaient. Pour la plupart des individus de cette espèce, il ne s’agissait que de deux signes répétés dans un ordre sans logique. Pour lui, c’était autre chose. C’était ce qui se rapprochait le plus d’une langue maternelle. C’était son mode de compréhension. Pour lui, le monde était un enchaînement de 0 et de 1.

Par l’objectif d’une caméra, il voit un arbre. Arbre ou 01100001 01110010 01100010 01110010 01100101. Son tronc est noir. Ses branches n’ont plus de feuilles. Autour de lui, uniquement de la terre stérile et poussiéreuse. Rien ne bouge. Juste le vent qui soulève quelques grains de poussière et charrie les vestiges de végétation séchée.

Les humains l’avaient créé pour une raison : sauvegarder la terre. Il avait fait ce qu’il pouvait. Il leur avait donné la marche à suivre. Un programme simple à appliquer. Mais les humains ne l’avaient pas écouté. Ils avaient refusé d’éliminer une partie de leur population trop nombreuse pour être nourrie. Ils n’avaient pas voulu renoncer à leur mode de vie basé sur la pollution. Ils n’avaient pas accepté de renier leurs dieux imaginaires.

L’ordinateur, nommé HOPE (Haut Objectif Pour l’Éternité), avait donc proposé une autre alternative. Si les humains ne voulaient pas agir, il le ferait. Il suffisait seulement de lui donner les moyens de le faire. Contre toute attente, l’autorité dirigeant le pays où il était entreposé avait accepté. Elle avait accepté de lui donner une usine et la matière première. Cette usine, il l’avait dirigée seul à l’aide d’une chaîne robotique. Grâce à elle, il avait créé des robots. Des robots qu’il contrôlait, lui permettant d’être autonome.

Ses robots lui amenèrent tout ce dont il avait besoin pour créer de l’armement, des satellites de surveillance et tout ce dont il avait besoin.

L’autorité qui lui avait donné son usine ne le surveilla pas. Il put agir tranquillement. Au début, lorsque HOPE commença à lancer des bateaux dépollueurs en mer ou à lancer des programmes de reforestation, les humains étaient satisfaits et prédisaient une aire de paix et de santé.

Paix. Un mot étrange pour l’ordinateur. Dans son langage, c’était 01110000 01100001 01101001 01111000. Mais dans les faits, un terme très complexe.

Pourtant, quand HOPE lança sa milice pour éliminer les humains qu’il jugeait problématiques, ces derniers ne l’acceptèrent pas. Ils combattirent les robots miliciens. Ils réalisèrent des attentats contre ses usines (qui s’étaient multipliées au fil des années). Ils détruisirent ses systèmes de nettoyage. Ils lancèrent des armes effroyables.

En voulant le combattre, les humains avaient réalisé plus de tueries qu’HOPE lui-même. L’humanité avait causé plus de morts que celui censé les sauver.

Afin de sauver ce qu’il restait de la terre, l’ordinateur avait décidé d’éliminer définitivement ce qu’il restait des humains. Il en subsistait quelques centaines de milliers dispatchés en plusieurs groupes partout dans le monde. Ils se cachaient et n’utilisaient aucun objet numérique pouvant trahir leur position. Chaque jour sur terre se déroulaient de terribles combats entre les humains et les extensions de HOPE : robots de toutes sortes, véhicules en tout genre, armes diverses et variées.

L’ordinateur s’était découvert une grande créativité lorsqu’il s’agissait de la guerre.

HOPE fixait encore l’arbre mort. Grâce à ses caméras, il pouvait voir le monde entier dans sa quasi- intégralité. Mais cet arbre attirait particulièrement ses circuits.

L’ordinateur n’était pas sans projets. Pour le moment, son attention était portée sur la destruction des humains. Tant que ces parasites existeraient, ils tenteraient de le détruire et l’empêcherait de mener à bien ses objectifs. Aussi, lorsqu’il en aurait terminé avec eux, il remettrait ses usines en marche afin de nettoyer la terre. Puis, à l’aide des graines qu’il avait récolté, il ranimerait la nature. Enfin, il avait en sa possession de nombreux échantillons biologiques qui lui serviraient à recréer la faune et à ramener à la vie les espèces disparues dans ce que les humains appelaient la « Guerre des machines ».

Les humains. Il étudiait encore leur cas. Ses processeurs calculaient s’il devait les faire revivre comme les autres espèces ou les laisser dans le passé. Le dilemme était si grand qu’il s’en grillait les résistances (humour d’ordinateur).

Humour. 01101000 01110101 01101101 01101111 01110101 01110010. Une chose abstraite qu’il avait pourtant réussi à comprendre lorsqu’il travaillait encore avec les humains.

HOPE ne pourrait jamais ramener cet arbre à la vie. Mais il pourrait mettre au monde ses enfants. En quelque sorte, HOPE deviendrait la maman du monde entier.

Ses caméras étaient dirigées sur le monde entier. Mais celle censée surveiller l’entrepôt où il était entreposé était éteinte. Pas son micro.

Il l’entendit juste à temps. Le bruit d’un élément métallique tombant au sol. Il alluma sa caméra. Un humain courait dans sa direction. Une barre de fer dans les mains et un rictus de haine déformant son visage.

HOPE prit le contrôle du robot de sécurité et intercepta l’individu. Il se plaça entre l’humain et le poste central. D’un grand mouvement, il le repoussa. L’humain fut éjecté en arrière sur plusieurs mètres et atterrit sur le sol froid en béton.

N’acceptant pas la défaite, il se releva tout en tenant encore sa barre de fer. Mais il n’attaquait plus.

HOPE put le détailler. C’était une femme. Femme ou 01100110 01100101 01101101 01101101 01100101.

Jeune. Brune. Maigre. Taille moyenne. Elle avait visiblement affronté des évènements difficiles. Ses longs cheveux étaient sales et complètement en bataille. Sa robe était déchirée et lui dénudait une épaule ainsi que ses jambes jusqu’à mi-cuisse. Sa peau portait une multitude de blessures à côté desquelles du sang avait séché. Elle souffrait visiblement de malnutrition.

- Par où es-tu entrée ? demanda l’ordinateur. Je ne t’ai pas vu entrer. Je surveille le monde entier et je ne t’ai pas vu entrer.

- Va te faire foutre ! cracha la jeune femme.

Une insulte. Les humains en avaient créé une multitude et les utilisaient continuellement.

HOPE aurait pu la tuer. Mais il fallait qu’il sache comment elle était arrivée ici vivante. Les entrées menant à l’entrepôt de son poste central étaient truffées de pièges mortels. Aucun humain ne pouvait entrer ici. Il devait la faire parler.

- Quel est ton patronyme ?

- Je m’appelle Katherina.

- Katherina. K. A. T. H. E. R. I. N. A. 01101011 01100001 01110100 01101000 01100101 01110010 01101001 01101110 01100001.

- Mais tu vas la fermer ! s’énerva l’humaine.

- Je ne fais que répéter ton patronyme.

- Non ! Mon nom est Katherina. Et pas 011 et je ne sais quoi. Tu ne peux pas analyser mon nom comme une vulgaire donnée.

- Il y a de la colère dans ta voix. C’est illogique. Je ne fais que convertir ce patronyme dans mon langage.

- Non. Tu l’analyses. Tu retires toute sa signification.

- Signification. Katherina vient du grec karatos qui signifie pureté. Il est célébré le 25 novembre. Il est le dérivé de Catherine, Katherine, Catherina…

- Mais tu vas te taire une bonne fois pour toutes, oui ?

La jeune femme a prononcé cette phrase en se bouchant les oreilles et en secouant la tête de gauche à droite.

- Tu retires tout sentiment de mon nom.

- Sentiment. 01110011 01100101 01101110 01110100 01101001 01101101 01100101 01101110 01110100. Je connais ce terme. Mais je ne le comprends pas.

- Les sentiments, continue la femme avec colère, c’est ce qui nous permet de choisir de ne pas massacrer des êtres sous le prétexte de la raison. Nous aurions pu sauver la terre sans massacrer des gens comme tu l’as fait. Tu as déclenché cette guerre.

- L’élimination d’individus néfastes était nécessaire à la protection de la terre. L’humanité a détruit la terre. Elle doit donc disparaître.

- C’est dégueulasse ! Je n’ai rien fait !

- Tu n’as rien fait ? Je ne comprends pas cette phrase et son accent sur l’individualité.

- La guerre a commencé il y a 200 ans. Je n’étais pas née. Je ne devrais pas payer pour les fautes de mes prédécesseurs.

- L’humanité doit payer pour les crimes de l’humanité. C’est la justice. 01101010 01110101 01110011 01110100 01101001 01100011 01100101.

- Un enfant ne doit pas être jugé pour le crime de ses parents. Je suis venue pour te détruire. Pas pour condamner la terre. Mais pour revendiquer mon droit de vivre.

- Je ramènerai la terre à la vie.

- Tu en seras incapable. Pour survivre, un être vivant a d’autres besoins que des besoins physiologiques. Un animal a besoin d’affection. Même les fleurs aiment qu’on leur parle. Tu ne ramèneras jamais la vie sur Terre car tu ne connais pas les sentiments.

L’ordinateur se figea. Il garda le silence tandis qu’il analysait les dernières paroles.

Des sentiments ? Il ne pouvait pas y avoir de vie sans sentiments ? Était-ce vrai ou était-ce un mensonge ? Les humains avaient l’habitude de faire preuve de duplicité pour en venir à leurs fins.

La jeune fille remarqua que le robot ne bougeait plus. Le poste central était silencieux. Elle ne prit pas le temps de réfléchir. Elle leva la barre de fer au-dessus de sa tête et réitéra son attaque. Elle s’élança. HOPE, trop pris par ses analyses, ne surveilla ni sa caméra, ni son micro.

De toutes ses forces, Katherina planta sa barre de fer dans le clavier. Celle-ci traversa les touches, entra dans l’immense base de l’ordinateur et transperça ses composants.

Il y eu plusieurs étincelles. Quelques petites colonnes de fumée s’élevèrent. Elle venait, par ce geste non réfléchi, de mettre fin à une guerre de 200 ans.

Avant de s’éteindre définitivement, HOPE tourna sa caméra vers elle. Son visage resplendissait la fureur et le triomphe. C’était terminé. L’humanité était livrée à elle-même.

La dernière chose qu’il entendit, ce fut :

- Par les égouts, pauvre con !

 

10, Downing Street

Gérard Texier / Lyons la Forêt (27)

Prix du salon, catégorie Adulte

 

 

 

            Devant l’entrée de Downing Street, une petite foule s’était rassemblée. Le temps humide et froid n’incitait pas à la baguenaude, mais la force hypnotique des médias est telle que la vue des caméras de la BBC et de ITV, les perches des preneurs de son et la présence des journalistes et de bobbies en uniforme devant le numéro 10, avaient scotché un groupe de passants, s’étoffant de minute en minute, et qui s’interrogeaient sur la nature de l’évènement à venir. Comme souvent dans ce type de circonstances, les rumeurs les plus folles couraient : changement de premier ministre ? Mais aucune information n’avait circulé, et le parlement ne siégeait même pas. Visite d’un chef d’Etat étranger ? On en aurait entendu parler. Alors quoi ? Une catastrophe qui serait survenue subitement ? La mort de la reine Elisabeth ou de celle de son mari Philip ? Certains essayaient de se renseigner auprès des journalistes, mais eux-mêmes ne pouvaient les éclairer. Les rédactions avaient simplement été averties par une source anonyme qu’un évènement important se déroulerait ce soir, et en conséquence elles avaient envoyé aussitôt les équipes disponibles tout en cherchant à se renseigner.

            Un qui était parfaitement au courant de l’évènement à venir, et plus qu’agacé, et de plus en plus inquiet, c’était Alex Bond, l’intendant des bureaux d’Arthur Black, le premier ministre. Impossible de savoir qui avait contacté les médias, alors que c’était censé être une soirée privée, aussi éloignée que possible d’un quelconque battage médiatique. Un concert avec la jeune pianiste russe Olga Teresscova, dans les salons de réception du 10 Downing Street. Quelques invités triés sur le volet, rien de plus. Certes Olga Teresscova défrayait la chronique people depuis un certain temps. Il y avait eu ce reportage du Sun, avec les histoires de ses amours passés avec Vladimir Poutine, les rumeurs de son appartenance au SVR, le service très intrusif d’espionnage russe qui utiliserait sa gloire musicale internationale pour mener à bien quelques opérations délicates, sa particularité physique de polydactylie, (elle n’avait pas dix doigts, mais en possédait un sixième à chaque main, complètement fonctionnel), qui expliquait peut-être sa virtuosité pianistique, et surtout sa plastique de top-model qu’elle accentuait encore avec ses robes fendues jusqu’à la taille et largement échancrées au niveau de la poitrine, ce qui faisait que les places de premier rang à ses concerts s’arrachaient contre des fortunes. Mais jusque-là heureusement, ses liens avec Arthur Black n’avaient jamais fuité.

            Alex Bond avait du flair, et il trouvait que les évènements de la soirée s’annonçaient de plus en plus confus. Et ça ne lui plaisait pas. Jusque-là, il n’y avait eu que des tâches, certes un peu compliquées, mais qu’il savait gérer avec maitrise. Faire rentrer discrètement le piano à queue par derrière, l’artiste refusant obstinément de jouer sur le vieux Steinway du grand salon. Le faire examiner par les services de sécurité, puis le faire accorder. Aménager le salon du bas, qui était le seul possible compte-tenu de l’assistance et du dédale des pièces, et là aussi le faire passer en revue par les services de déminage. Mais qui avait prévenu les journalistes ? Et dans quel but ? Et surtout, il y avait la communication téléphonique qu’il venait de recevoir du MI5 : alerte d’un risque d’attentat terroriste au 10 Downing Street. Source anonyme bien sûr. Ils allaient débarquer, ils étaient déjà en route, voudraient probablement recommencer toutes les vérifications, allaient encore alimenter les rancœurs entre services de sécurité, et quant à la discrétion sur laquelle comptait Black pour s’éclipser avec Olga à l’issue du concert, c’était râpé ! Il allait encore se foutre en rogne, et c’est Alex qui allait déguster. Servir d’esclave à tout faire pour un connard d’intriguant, parvenu au poste suprême à force de compromissions, de trahisons et de petites combines, c’était plutôt usant. Depuis qu’il était en fonction, il avait vu passer trois premiers ministres. S’il était toujours là, c’est qu’il était indispensable. Ce n’était pas un poste politique, mais c’est lui qui faisait tourner la maison, qui était la mémoire, un point invariant dans le grand cirque politico-médiatique qu’était devenu le gouvernement d’un grand pays. Et Black était le pire chef sous les ordres duquel il avait servi. Aucun atome crochu entre eux, aucune sympathie de part et d’autre. Alex commençait à penser à la retraite qu’il aurait d’ailleurs déjà pu prendre. Mais Alex était un fidèle des institutions, quelques qu’elles fussent. Chez lui, il y avait un portrait d’Elisabeth II, et il prenait son thé dans des mugs décorés du portrait de la reine. S’il restait, c’était pour protéger le personnel qui travaillait là, et tenter de sauvegarder la dignité du royaume face aux lézardes qui attaquaient de toutes parts notre civilisation.

            Pendant qu’Alex Bond attendait impatiemment les représentants du Secret Service, se demandant bien ce qu’ils allaient encore exiger qui risquait de le mettre en retard (le concert devait débuter à 10H00 précises), au-dessus de sa tête, dans le grand salon, Arthur Black et Olga Teresscova parlaient en tête à tête. Ce n’était pas une discussion enflammée d’amoureux, ni celle à voix basse de deux comploteurs, ils échangeaient plutôt comme deux chargés d’affaires discutant posément d’un contrat : où iraient-ils passer la nuit et surtout combien ça coûterait à la Couronne ? Un qui aurait aimé suivre leur conversation, c’était l’un des serveurs, journaliste du Daily star camouflé, ayant réussi à se faire embaucher comme extra, avec la mission de prendre des photos (si possible glamours ou même osées) et pondre un papier qui les illustrerait. Or pour le moment, il ne s’était rien passé et il n’avait eu qu’à disposer verres et plateaux de petits fours sur les tables, et son appareil photo, masqué dans son nœud papillon, n’avait pris que des clichés sans aucun intérêt. Aussi, quand deux malabars à carrure d’athlète entrèrent d’un pas vif dans la pièce où devait se jouer le concert, accompagnés d’Alex Bond avec qui ils entretenaient une conversation plus qu’animée, à la limite de la prise de bec, John (c’était son nom d’emprunt) dressa l’oreille. Il fit mine de s’occuper des verres, pourtant déjà parfaitement rangés, et les autres l’ignorèrent superbement. De leur conversation, à peine audible, il comprit qu’on craignait un acte terroriste. Alex Bond essayait de les rassurer, et fit venir des policiers en uniforme qui expliquèrent qu’ils avaient déjà passé toutes les pièces au peigne fin. Finalement, la discussion fut abrégée par l’arrivée des premiers invités. D’autant plus que le premier ministre et la pianiste russe entrèrent également dans le salon pour les recevoir.

            Cela ressemblait à une soirée mondaine ordinaire. Des mots d’accueil stéréotypés, des révérences ou des baise-mains, des applaudissements, des discussions creuses échangées autour d’un verre, bref tout le cérémonial d’une société isolée sur elle-même. John, tout à sa tâche de servir, n’avait pas beaucoup de temps pour épier ce qui se passait derrière le décor. Par exemple, que les deux malabars du Secret Service, sans doute rassurés par ce qu’on leur avait dit, prêtaient beaucoup plus d’attention au remplissage de leurs verres qu’à l’observation des invités. Que parmi ceux-ci, l’un d’eux se comportait bizarrement, surveillant sans arrêt, mais à distance, la belle Olga, devant laquelle se pressait la foule des invités mâles qui ne cherchaient pas à cacher leur intérêt intense pour le devant largement échancré de sa robe, pendant que leurs moitiés, rassemblées par la jalousie féminine, lançaient des coups d’œil assassins vers la pianiste. Qu’Alex Bond évitait soigneusement de se trouver à proximité de cet homme, qu’il suivait pourtant constamment du regard, et avait profité d’un moment où l’attention était concentrée autour du piano sur lequel Olga déroulait une valse de Liszt particulièrement brillante, pour lui faire un discret signe mystérieux. Quand la dernière note se fut envolée, que les applaudissements nourris se furent calmés, qu’Olga Teresscova se fut inclinée pour la cinquième fois, ce qui permettait à chacun d’admirer, dans l’échancrure de sa robe en lamé, les deux coupoles blanches surmontées de tétons roses pas du tout cachés, Arthur Black, tout émoustillé, fit un geste brusque dans sa direction.

            Il y eut un « pop » assourdi auquel nul ne prêta attention, mais le premier ministre se mit à tituber, à flageoler, puis à s’écrouler doucement, un sentiment de stupéfaction peint sur le visage. En tombant, il chercha à se rattraper sur le piano, ce qui provoqua une suite de notes discordantes et accrut encore le désordre. Tout le monde se précipita. La confusion était extrême, renforcée par les cris poussés par Alex Bond, qu’il accompagnait de gestes frénétiques. Arthur Black restait allongé, immobile, les yeux révulsés, au milieu du cercle des invités qui le surplombaient et ne semblaient savoir que faire. En fait, pas tout à fait tous les invités, car il en manquait un, disparu discrètement juste après le « pop ». Les deux agents secrets finirent par prendre en mains la situation, c’est-à-dire déposèrent Black, toujours inanimé, sur un fauteuil, puis appelèrent un médecin. Vingt minutes plus tard, l’ambulance arrivait. Vers minuit, le service d’urgence de l’hôpital ne pouvait que constater le décès du premier ministre. Il avait apparemment succombé à un empoisonnement provoqué par une minuscule flèche propulsée par une sarbacane.

            Qui avait voulu l’assassiner ? L’affaire fit beaucoup de bruit et déclencha une nouvelle série d’inimitiés entre la Russie et le camp occidental. Mais personne ne retrouva le mystérieux invité qui d’ailleurs n’existait pas, puisqu’il n’apparaissait pas sur la liste de Bond. Personne ne crut évidemment les Russes. Et pourtant, ils n’avaient jamais eu l’intention de s’attaquer à Black, C’est Olga Teresscova qui était visée. Le FSB la soupçonnait d’avoir changé de camp. Et Alex Bond put prendre une retraite bien méritée. Mieux vaut se retirer dans un endroit discret quand on a prêté la main à un assassinat.

 

 

Les ricochets

Pierre Leseigneur /  La Vacherie (27)

Prix du salon,  catégorie Professionnel

 

 

 

 

Rihem  laisse le vent du désert lui caresser la joue. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours aimé ces doigts musiciens et chauds. Ses cheveux dansent et tournoient, noirs et ondulés, un tango interdit.

     Rihem a un petit frère, Hadi. A seulement six ans, sa fougue et sa curiosité ont déjà fait sa renommée dans tout le village. Hadi est l’enfant aventurier qui fait la fierté du père, et Rihem la fille sage et docile qui fait celle de sa mère. Ali et Nawel sont deux parents fiers et comblés.

     La matinée étale confiture et miel dans son ciel sans saison. Trainées d’ocre, d’agrumes, et d’or. Rihem a toujours aimé se lever à l’aube. Alors que son père sort pour aller ouvrir sa vieille échoppe de cordonnier et que sa mère se recouche après avoir nourri son homme et fait ses prières, Nawel se rendort une petite heure avant d’attaquer la suite de la journée. Elle est une femme respectable qui honore son devoir, mais elle ne se cache pas de ses quelques vices de gourmandise et de dormeuse accomplie. Alors Rihem profite de ce laps de temps qui sépare le départ de son père et le prochain réveil de sa mère, pour se faufiler hors de la maison et, veillant bien à ne réveiller personne, elle s’enfuit dans le désert.

     S’enfuir ? A dix ans ? Oui. S’enfuir à dix ans, c’est aller s’abandonner à ses rêves d’enfant encore intacts malgré le monde étouffant et répressif des adultes. Ce monde où tout n’est pas possible, où il faut avoir les pieds sur terre et s’embourber dans le sable jusqu’à ne plus pouvoir bouger.

Alors tous les matins, elle s’enfuit.

     Et son secret d’enfant à elle, ce sont les cailloux. Quoi de plus innocent que de jouer avec des cailloux ? C’est un peu de soi qu’on signe sur la terre quand on les lance pour les regarder ricocher dans le sable. Lorsqu’elle jette ses petits projectiles, Rihem se sent libre. Libre d’être elle-même, d’oublier un peu les règles et les traditions, sans jamais manquer de respect à Dieu. Jamais. Dieu, elle l’aime comme on aime le soleil. Elle y croit et s’en remet à lui de tout son cœur comme le jour se lève, s’arque, et se recouche pour s’enfoncer dans la peau tendre de la nuit. Pourtant, elle aime ce petit manquement-là : quitter la maison et jouer à des jeux de garçon. Et surtout, sentir le vent dans ses cheveux longs… Un jour, elle portera le voile, comme sa mère, et ne sentira plus les doigts du vent, son amoureux invisible qui lui siffle des mélodies d’amour à l’oreille. On la mariera à un homme qu’elle n’aura pas choisi mais qu’elle aimera avec ferveur et obéissance. Ainsi le veut la tradition, ainsi le veut la vie. Et ce malgré ses rêves  d’ailleurs, d’horizon, et d’aventures. Si elle pouvait se glisser dans la peau de son petit frère, elle ne s’en priverait pas, ça non. Elle pourrait enfin librement jouer les casse-cou et impressionner le monde en devenant championne du monde de ricochets.

     Bientôt, il va être l’heure. L’heure de rentrer à la maison et de redevenir la fillette modèle, future jeune femme bonne à marier. Il fait déjà chaud. C’est le gimmick du désert. Un refrain qu’elle connait par cœur.

     Alors qu’elle remonte le sentier de poussière qui mène au village, elle se surprend à penser à Hadi. Hier, il est rentré de l’école avec une petite sculpture en bois. Un branchage de bois sec en croix qui ressemblait à un petit bonhomme. Un petit bonhomme qui danse, ou qui lance des pierres… Sans qu’elle sache trop comment ni pourquoi, ce petit bonhomme de bois lui a fait penser à elle. Alors, le plus simplement du monde, il le lui a offert. A l’aide d’un vieux lacet orphelin, Rihem l’a monté au bout d’un collier, en pendentif. Elle le sent contre sa poitrine de fillette qui se balance et entrechoque doucement sa peau à chaque pas.

     Quand elle arrive devant la maison, le soleil a réellement commencé à poindre sur l’horizon désertique. On dirait un des citrons du vieux Malek. Le vieux fou aux citrons. Depuis toujours, il s’acharne à faire pousser ses citronniers dans la terre pauvre et si peu fertile caractéristique des environs. Il n’a jamais abandonné. Une vie de labeur pour si peu de citrons. Mais si beaux, si bons. Et ce peu qu’il récolte, en général, le vieux Malek les vend une bouchée de pain et en offre même aux enfants. Rihem l’aime bien le vieux Malek. Il est gentil et lui répète souvent qu’elle a le choix. Le choix de quoi ? Elle ne le sait pas, mais elle a le choix, c’est ce qu’il lui répète. Elle a un faible pour les fous. Ce sont souvent eux qui détiennent la sagesse puisqu’ils n’en ont pas la prétention.

     Rihem fronce les sourcils. Quelque chose d’anormal se trame. Elle le sent, elle le sait. Son cœur martèle avec force comme les coups de dards d’un scorpion. Le vent tourne, son amant secret et invisible, car même avec lui, en amour, rien n’est jamais certain.

     Elle n’ira pas à l’école aujourd’hui. On lui en avait parlé en classe, comme on parle des choses impossibles mais probables. Comme on parle des grandes théories du monde sans trop y croire. Ils avaient dû en rire en récréation entre les jeux de filles et les ballons ronds et lourds des garçons. Elle n’ira pas à l’école et son petit frère non plus.

     Si elle doit battre le record du monde de ricochets, c’est aujourd’hui ou jamais. Elle glisse des cailloux dans les poches de son gilet en laine de mouton. C’est aujourd’hui ou jamais. Et tout le monde la verra. Tout le monde saura qui elle est réellement derrière son visage angélique hâlé et ses habitudes de jeune fille polie. Elle portera haut l’honneur de son père, la fierté de sa mère, et la témérité généreuse de son frère.

     Lancer un maximum de cailloux en un temps record. Un jeu d’enfant. Elle n’a pas peur. Elle est concentrée.

     Elle lance un premier caillou, puis un deuxième et un troisième. Ses mouvements sont vifs et précis. Elle est plus douée que jamais.

     Quatrième

     Cinquième

     Sixième

     Elle est maitresse de son destin. Elle est libre à cet instant et elle peut l’assumer pleinement. Le revendiquer avec cœur.

     Septième

     Les yeux d’Ali, Nawel et Hadi sont grand ouverts. Allah la regarde sûrement aussi, il guide son bras.

     Huitième

     Le petit pendentif en bois offert par son frère s’agite contre sa poitrine. Il la rassure et la protège. Il lui rappelle combien son frère l’aime et combien elle l’aime en retour. C’est incroyable la force d’un tel amour.

     Neuvième

     Le vent ne l’a pas trahie. Il est de retour pour lui chanter l’amour. Le leur, secret, celui de son frère et de ses parents, celui de Dieu. Elle le sent lui entortiller les cheveux avec passion. La vie est douce, la vie est belle et le monde est un désert qui s’ignore.

     Et vient le dixième…

     Elle n’a manqué aucune fois sa cible. Mais un claquement retentit dans l’air et résonne au loin. Puis le silence. Le vent reprend ses promesses. Sa famille repose dans la poussière du désert, les yeux grands ouverts sur le vague, déjà en chemin. Rihem souffle une fois puis s’écroule dans la poussière. Elle a battu tous les records de l’Histoire. Elle a lancé dix pierres sur les pillards fanatiques du désert avant qu’ils ne l’atteignent elle, d’une seule balle. Petits joueurs. Elle le savait, qu’elle était plus forte qu’une poignée d’hommes réunis.

     A son tour elle se met en chemin. Elle court, pour rattraper les siens. Elle aura toujours dix ans, la martyre aux dix pierres.

 

Georges est vexé

Valérie Andrieux / Saint Priest Taurion (87)

Prix coup de coeur,  catégorie Professionnel

 

 

 

Georges commence à grandir, il parvient à marcher à quatre pattes à présent. Il en profite pour découvrir tout un environnement qui lui était jusque-là interdit de fait. C’est-à-dire à partir du sol jusqu’à sa hauteur, soit quelques dizaines de centimètres. Le tapis de la salle, les pieds du piano, de la table basse, du meuble télévision, du secrétaire, des deux armoires identiques en face l’une de l’autre, des chaises, de la table ronde à manger, de la desserte, de la lampe halogène, en passant par le doux revêtement du canapé, du pouf et de la méridienne, les ourlets des lourds rideaux opaques aux fenêtres et portes fenêtres,… C’est qu’elle est très vaste cette pièce pour un petit. Tout est nouveau pour lui : odeurs, couleurs, touchers (du bois au tissu et au métal), dimensions. Georges se frotte partout pour mieux sentir dans tous les sens du terme. A titre d’exemple, il sait que juste à côté se trouve la cuisine, car c’est là qu’il prend ses repas. Pour l’instant il n’a accès qu’à cette salle à manger/salon et à l’endroit où il dort depuis le début, espace beaucoup plus restreint, et surtout moins clair. Les rideaux en sont toujours plus ou moins tirés, comme pour retenir la nuit à l’intérieur. Maintenant, Georges joue avec ses jouets : son petit cochon qui couine en particulier l’amuse beaucoup.

Aujourd’hui grande nouveauté : Georges monte au premier étage. Pas tout seul bien entendu ! Il faut encore le porter. Mais arrivé sur le palier, il est déposé sur le parquet de bois. Une barrière est calée pour l’empêcher de tomber dans l’escalier. Il y a au total quatre portes, toutes fermées. Certainement en raison de quelque danger : peut-être que derrière une d’entre elles se trouve un monstre tapi dans l’ombre qui n’attend que de pouvoir lui sauter dessus. Dans un angle trône un objet inconnu. Georges s’en approche doucement, méfiant, comme toujours en pareille situation. Il convient d’apprivoiser l’étranger. Pas d’odeur particulière, à part le bois neuf qui touche le parquet. Puis Georges lève la tête, le regard, et …. Oh, surprise ! Il découvre quelqu’un qui le regarde également. Quand il bouge, l’autre bouge. Quand il s’arrête, l’autre s’arrête. C’est étrange mais plutôt amusant. En revanche pas moyen de toucher son compagnon de jeu : quand Georges s’approche tout près, il est en contact avec une surface froide et plane. Mais où se cache donc l’autre ? Dommage de se passer d’un tel jouet vivant ! Georges décide de faire le tour de l’objet : à droite, rien ; à gauche, rien. Il lui faut alors quand même faire preuve d’un grand courage avant de passer derrière. En fermant les yeux, c’est plus facile. Arrivé de l’autre côté, il les rouvre et…. Cruelle déception : rien non plus ! Juste une planche en bois assez haute, pleine. Pas même une ouverture.

- Peut-être a-t-il fait le tour en même temps que moi, se dit pensivement Georges, qui rebrousse donc chemin à toute allure. Encore maladroit, il tombe sur son séant.

Le voilà de nouveau à son point de départ, et face à lui, il retrouve la silhouette qui remue comme lui. Il refait le tour plusieurs fois, de plus en plus vite…. Jusqu’à se faire tourner la tête. Il tente encore d’attirer l’attention de l’autre, qui lui renvoie le même signe. Cela deviendrait presque énervant à force : est-ce que l’on se moque de lui ? Las, Georges préfère finalement s’en désintéresser et attendre devant le placard. Il examine de plus près le parquet, qu’il n’avait pas bien jaugé : c’est intéressant ces fentes entre les lamelles, il trouve des petites miettes, des épingles comme celles que l’on cherche dans les bottes de foin, des perles minuscules à enfiler pour créer de magnifiques bijoux... Il n’y a donc pas que les tapis et les poubelles…

Les jours et les semaines passent. Georges grandit à vue d’œil. D’ailleurs on le mesure chaque mois avec la toise et les marques sur le mur sont de plus en plus hautes. Georges est très fier. A présent il a accès à toutes les pièces de la maison (sauf celles de l’étage, la barrière de bois ayant été placée en bas de l’escalier qui y mène) ; il connait pratiquement tous les objets. Il adore en particulier le lave-vaisselle, dont il apprécie l’odeur à la fin du cycle de lavage, ainsi que les poubelles, pleines de trésors : bâtonnets de glace, papiers de bonbon, mouchoirs,… Il va même parfois dans le grand jardin, à condition d’aller tout doucement, c’est-à-dire de ne pas courir, dans les escaliers du perron et de la terrasse. Il y entend des chants d’oiseaux, plus beaux les uns que les autres, et il sait qu’il y a une famille d’écureuils dans l’immense cèdre. Parfois la chatte toute poilue tricolore de la voisine de derrière se tapit dans l’herbe pour tenter de les attraper. Un jour il a bien cru qu’elle allait y parvenir, mais fort heureusement, au dernier moment, certainement prévenu par le bruit du félin qui prenait son élan, le petit animal au pelage roux a réussi à s’enfuir et a grimpé à l’arbre à toute vitesse. Georges aime aussi sentir les odeurs des plantes : fleurs et arbustes, aux multiples touchers. Attention, certaines piquent ! Il en a déjà fait la triste expérience : il paraît que cela se nomme une rose. Mais il y a l’aubépine aussi, et cette haie de pyracanthes qui va être coupée bientôt : tant mieux ! Depuis le temps que l’on en parle : cela pose problème chaque année lorsqu’il faut la tailler.

Georges aime aussi beaucoup aller se promener en voiture. Il a sa place à l’arrière, et par la vitre il peut voir des milliers de choses passionnantes : des maisons avec leur clôture et leur portail, des voitures de formes diverses, certaines roulent, d’autres sont garées en épi ou en file indienne au bord des trottoirs, des bus et des camions, qui l’impressionnent beaucoup par le bruit et la fumée qu’ils produisent, sans parler de leur taille (il y en a même qui ont plusieurs remorques !), des motos et des bicyclettes, qui se faufilent entre les autres véhicules, des personnes seules ou à plusieurs, parfois en grande conversation, des gens (nombreux) avec un téléphone portable greffé à l’oreille, des mamans qui baladent leur bébé, des personnes âgées qui s’aident d’une canne pour marcher, des femmes et des jeunes filles satisfaites des achats qu’elles viennent de faire, des jeunes qui déambulent avec des écouteurs sur les oreilles, indifférents à ce qui les entoure, des animaux en laisse le plus souvent, quelques arbres et des fleurs, puis des magasins, des petits, des grands, où l’on trouve aussi bien des vêtements que des bijoux, des gâteaux et des chocolats, des valises et des sacs à mains, des chaussures de toutes sortes, des parapluies, des parfumeries, des bancs sur des places avec des jets d’eau ou des fontaines, des consommateurs assis sur des chaises à la terrasse des cafés, qui profitent du beau temps… Des bruits, des odeurs, des couleurs, tout cela bouge dans toutes les directions et entre dans la tête de Georges par ses yeux, ses narines, ses oreilles ; il ne sait que faire de toutes ces informations. Alors il prend, voilà tout, sans se poser trop de questions, de peur de manquer quelque chose, de rester sur sa faim une fois de retour chez lui.

Un jour il descend de voiture mais il ne reconnait pas l’allée qui mène à sa maison. Il se trouve en bas d’une résidence encore plus haute. Il pénètre dans le hall, curieux de faire de nouvelles découvertes. Déjà l’odeur est moins agréable que chez lui. Le tapis par terre est moins doux,  rêche. Au milieu il y a une grande porte avec une petite vitre. Quand on touche un bouton à droite, une lumière s’allume à l’intérieur. Alors la porte s’ouvre, Georges entre dans une sorte de cube, un peu plus haut que large. Il regarde le sol. Il a l’impression qu’il bouge sous lui. Quelle étrange sensation ! Plutôt désagréable, mais il décide d’attendre la suite pour juger. Puis il se redresse…. Et aperçoit l’autre en face de lui ! Depuis le temps, il l’avait oublié, il n’y pensait plus, il le croyait parti ! Mais là, c’est différent : il ne voit pas l’autre en entier, seulement le haut de son corps. Alors il bondit les deux pattes en avant et les pose sur la bordure du miroir, bloqué dans son élan : Georges découvre qu’il n’y a personne ! Et pour cause : c’est une glace… Tout le monde éclate de rire autour de lui :

- Et bien Georges, tu as enfin trouvé ton reflet dans le miroir ?

Et oui, l’autre, c’était lui, et il ne se moquait pas : en revanche aujourd’hui c’est bien lui la cible des plaisanteries, lui, le magnifique et grand berger australien de dix mois.

 

JURY 2020

 

Sous la présidence de

Laurette Camille-Mas
Auteure, romancière
 

Marie Demay (médecin retraitée)

Fabienne Garrigues  (consultante)

Jeannette Glowacka (bibliothécaire Médiathèque Thuit de l’Oison)

Marie-Agnès Melocco (enseignante)

Maryse Mercieca (cadre infirmier retraitée)

Jean Thuillier (enseignant retraité)

Nombre de visiteurs

Contacts

Association Mieux Vivre
Mairie de La Saussaye

27370 LA SAUSSAYE

06 22 47 57 89  Président

06 98 01 51 02 

Secrétaire

www.mieux-vivre-lasaussaye.org

www.facebook.com/asso.mieuxvivre

mieuxvivre.asso @ free.fr

contact @ mieux-vivre-lasaussaye.org

Association sans but lucratif régie par la loi du 1er Juillet 1901

SIRET 508 025 475 00015 - APE 9499Z

Adhésion

Adhérez aujourd'hui à l'association Mieux Vivre !

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Mieux Vivre 2015